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Rubrique littéraire – livres récents sur l’Atlas marocain

Posté par Michael Peyron le 24 septembre 2010

Rubrique littéraire – livres récents sur l’Atlas marocain 

Frédéric Jullien, La traversée du Haut-Atlas en solitaire, Éditions du Fournel, L’Argentière la Bessée (2005). 

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Nous sommes dans l’habituel récit du montagnard qui parcourt en solo une chaîne peu connue et nous livre ses impressions (consignées dans son carnet de route) au fur et à mesure de ses étapes ; ensemble agrémenté d’un portefeuille de photographies en couleurs assez jolies. Un brin rêveur et poète, l’auteur a la plume suffisamment alerte pour nous faire part de sa philosophie du voyage fraternelle au contact de la merveilleuse hospitalité berbère. Démarche empreinte de modestie, il ne cherche nullement à étaler un exploit, simplement décrire à sa façon un suivi automnal atypique et (admettons-le) incomplet de l’ancienne GTAM de Taliwine à Imilchil en 31 jours. Le tout se lit plutôt agréablement. 

Cependant le lecteur reste sur sa faim. Le narrateur se dit guide de montagne se réclamant de la Provence, avec à son actif une traversée des Pyrénées. Toutefois, hormis une allusion à un voyage antérieur au Toubkal, on ne sait peu ou rien des motivations de notre homme, de ses antécédents marocains. Certes, il fait preuve d’un respect de bon aloi envers les Berbères et leur culture. N’empêche que tout cela flaire la démarche de débutant. On se serait attendu, il est vrai, à une préparation moins légère en vue d’une expédition éprouvante à la fois sur le plan physique et mental. À une initiation plus sérieuse à la langue amazighe.

Or, exception faite pour certains items lexicaux de base qu’il maîtrise sans peine, il est clair qu’il mélange tout. En remontant l’Oued Afra il pense sérieusement quitter l’aire de la tamajirt (sic) pour pénétrer dans le pays où se parle tachelhait (p. 58), alors que ce serait plutôt l’inverse ! Basculant entre féminin incomplet et masculin, il appelle l’ânesse qu’il a loué tantôt Tamazir, tantôt Amazir (animal de bât et de compagnie que l’ingrat sans cœur revendra sans sourciller le 17ème jour).

Il confond en outre les noms des villages : Timichi avec Tacheddirt (p. 36), Mazwad avec Magdaz, Imlil avec Imilchil. Sans compter les coquilles : plateau du Yagourt (p. 47) pour Yagour; Imilchi (Imilchil), lac de Téli (Tislit) ; Djebel Saharo (Saghro) ; Tournfite pour Tounfit, Mgoum pour Mgoun, etc.  Approche somme toute approximative, et c’est ce qui lui vaudra, sans doute, de sur-estimer sa résistance à la soif en milieu montagnard aride, de se fourvoyer dans les gorges de la Haute Tassaout et, surtout, entre Taghia et l’Izoughar, lac asséché en fin de saison sur lequel il comptait cependant pour réapprovisionner sa gourde. 

De plus sa brève épopée atlasienne se déroule dans une bulle intemporelle – il n’y a pas d’avant, encore moins d’après – bien que l’on puisse situer cela sans doute en octobre 2004. Principal reproche : le récit se termine abruptement, de façon peu satisfaisante. Tout devient vague et inachevé; pays et protagonistes s’estompent dans un flou peu artistique, laissant bon nombre de questions en suspens. Mariam l’institutrice d’Imilchil s’en va en weekend. Bien. Et notre chemineau de l’Atlas, où ira-t-il ensuite ? Vers Tounfit et le Sud ? Et après ? Envisage-t-il seulement un retour ? Une traversée revisitée, plus complète et peut-être mieux préparée, afin d’aller retrouver sa « fiancée » promise en haute Tassaout ? C’est le mieux que l’on puisse lui souhaiter. 

Vincent Geus, Maroc treks randonnées balades culture nature, Éd. De
la Boussole, Grenoble (2007). 

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Il s’agit là d’un travail plus sérieux, fruit de deux années (2005-2006) de travail sur le terrain, produit tout à fait représentatif de son époque, présentant de nombreux descriptifs d’itinéraire assortis de croquis, de fiches techniques et d’excellentes photographies en couleurs. Vincent Geus aura été servi par son travail d’accompagnateur pour l’agence Allibert, détail qui a son importance. En effet, bien que ce topoguide soit suffisamment complet pour permettre au randonneur individuel de s’en sortir sur place, il reflète tout de même la démarche des Tour Operators (TO), largement mentionnés aux pages 44-45 (discret appel du pied envers le lecteur !), faisant ainsi le jeu des assistés amateurs de sorties en troupeau, comme ceux que l’on voit au Mgoun (cf. p. 102). 

Soit dit en passant que nous ne sommes pas entièrement d’accord avec sa façon d’enfoncer les « faux guides », ayant constaté que ceux-ci sont souvent des prestataires sérieux, issus du milieu montagnard, contrairement à bon nombre de guides citadins ayant négocié leur diplôme au CFAMM ! 

Cependant, il ne s’agit pas là d’un guide vraiment complet des chaînes marocaines. Rif et Moyen-Atlas sont sommairement expédiés ; le massif de l’Ayyachi ne fait l’objet d’aucune mention ; quant au haut Atlas, enfin, tout s’arrête au Toubkal. Le haut Atlas occidental, lui, reste très largement laissé pour compte. En revanche, répondant en cela à de nouvelles modes lancées par les TO, la côte atlantique et le Grand Sud (‘homme bleus’ et Merzouga obligent) sont présents à l’appel. 

Par ailleurs, cet ouvrage vient confirmer la disparition officielle de la GTAM en tant qu’entité tangible sur le terrain. Aucune mention dans le texte, pas même le logo GTAM avec sa montagne coiffée d’un palmier, ainsi que je l’avais déjà constaté sous une autre rubrique du présent site. Geus se contente de citer les grandes lignes de ce qu’il nomme la « Grande Traversée du Haut Atlas central » (p. 76).  Nous n’allons pas énumérer certaines inexactitudes historiques et/ou géographiques que nous avons en son temps signalées à l’auteur, ni les imperfections du lexique arabo-berbère (pp. 50-53), témoignant de connaissances encore fragiles en langue amazighe.

Mais ceci n’a pas une très grande importance ; tel qu’il existe le lexique permettra au visiteur de se débrouiller en situation, voire de s’améliorer par la suite.  En définitive, et en dépit des quelques réserves ci-dessus signalées, nous pensons pouvoir accorder à cet ouvrage un satisfécit nuancé. 

Hamish Brown, The mountains look on Marrakech, Whittles Publishing, Dunbeath (2007). 

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Pour ceux d’entre vous qui lisent l’anglais voici un ouvrage véritablement accompli. Entreprise soigneusement préparée, l’épopée du légendaire Hamish Brown, qui a relié Taza à Tamri en 96 jours (du 4 mai au 10 juillet 1995), constitue un aboutissement. Cela faisait trente ans que notre Ecossais fréquentait les monts de l’Atlas qui ont toujours éveillé chez lui de touchantes ressemblances avec les Hautes-Terres de sa jeunesse; c’est dire qu’il avait eu amplement le temps de mûrir son projet.  Sans rechercher l’exploit – au contraire il s’imposera un train de sénateur de bout en bout – il prend le départ avec un compagnon britannique et deux marocains, chargés de s’occuper des deux mules achetées pour la durée de la traversée. En cours de route d’autres compagnons se joindront à eux afin de les accompagner sur des tronçons spécifiques. Pour des raisons administratives ils doivent interrompre leur périple quelques jours à la hauteur de Marrakech. Leur arrivée à Tamri sur l’Atlantique sera l’aboutissement d’un travail d’équipe ; d’une démarche inspirée par un attachement profond envers l’Atlas marocain et ses habitants. Tout au long du voyage, Brown s’appuiera sur l’habitant, souvent sur des amis de longue date, constituant un véritable réseau. Le récit circonstancié qui en résulte contient de nombreuses anecdotes historiques, comiques et autres, sans compter des notes ornithologiques. Très complet, il incorpore des faits survenus antérieurement dans les différents lieux traversés. Procédant ainsi par amoncellement il permet en quelque sorte à l’auteur d’assembler sur le papier un gigantesque puzzle géographique fait de réminiscences multiples. Il permet, aussi, de saisir l’infinie variété des paysages de l’Atlas, depuis les collines relativement humides du Moyen-Atlas, aux vallées sèches du haut Atlas de Marrakech. Pour le plaisir du lecteur de nombreuses photos en couleurs viennent égayer le texte. Le tout représente un ensemble éminemment intéressant, attrayant et satisfaisant dont nous recommandons vivement la lecture ; il deviendra assurément un classique de la littérature atlasienne. En refermant le livre on sent que l’auteur est allé jusqu’au bout de sa démarche. Qu’il peut en tirer à juste titre un sentiment de devoir bien rempli. Que de souvenirs, aussi, pour les années de vieillesse et de moins grande activité, celles qui nous guettent tous ! 

Jean Robichez et Bouazza Benachir, Paroles berbères de la résistance Maroc central, 1935-1940, L’Harmattan (2010). 

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Connu principalement pour son magnifique Maroc central (1946), livre d’images sur les Imazighen du haut Atlas oriental, Jean Robichez avait, grâce à sa formation de berbérisant, également recueilli un corpus de poèmes d’époque en bi-lingue tamazight-français, essentiellement chez les Ayt Sokhman après l’épopée du Tazizawt, dont un bref extrait était paru dans la revue Les Temps modernes (1949). Restait à publier le reliquat, à rendre justice aux travaux d’un chercheur méconnu,  laissé de côté par l’establishment berbérisant de l’époque. Tâche qui incombera, en fin de compte, à Bouazza Benachir, anthropologue et philosophe marocain apparemment aussi peu instruit en poésie amazighe qu’en histoire moderne, qui assure ici le rôle de simple copiste. 

Résultat : un ensemble globalement satisfaisant. Quoique… Le copiste brille, certes, dans une introduction (pp. 9-29) rédigée selon les canons du jargon universitaire français aux contours parfois flous, et farci de termes ésotériques (exemple: rhizome, p. 24; awalien, p. 25).

Chemin faisant Benachir semble surtout s’émerveiller de l’humanisme avant-gardiste de Robichez, seul, à ses yeux, a avoir trouvé les termes adéquats pour décrire le phénomène de l’ahidus – mieux, en tout cas, que Chottin (p. 19) dont, à l’époque, les travaux faisait autorité.  Le copiste se contente, ensuite, de publier le corpus de Robichez, fort respectable au demeurant et hautement intéressant, en respectant la notation (satisfaisante dans l’ensemble) employée par ce dernier.

Cependant, de son propre aveu, il considère « vain » (p. 31) d’ajouter à ce travail la moindre bibliographie (pourtant souhaitable dans un ouvrage de ce type), et se borne à publier les notes du chercheur, apparemment sans y apporter de changement. Or, ainsi que nous allons le démontrer, il y aurait eu de quoi faire… 

On peut sans conteste mettre à l’actif du copiste bon nombre d’inexactitudes, de coquilles et de lacunes. Toutefois parmi de celles-ci certaines sont imputables au chercheur. Essayons d’y voir plus clair. 

Inexactitudes 

Benachir fait terminer la « soumission forcée » de l’Atlas en 1943, alors que celle-ci s’est achevée dix ans plus tôt (p. 14 & p. 22).  On dit Sidi Ali Amhawch, mais Imhiwach (pl.) lorsqu’on désigne la famille dans sa globalité (p. 83). Confusion masculin/féminin au niveau de la traduction : a ult-hediddu = ‘ô femme Ayt Hadiddou’ ; ‘a u-hediddu = ‘ô homme Ayt Hadiddou’ ; cf. izlan n° 111 & 112 (p. 90). 

Tabouarbit n’est pas tant une montagne qu’un ksar sur le Haut Ziz (p. 105 ; tamdyazt n° 145 ; ligne 12). 

Lacunes

On manque de signaler des cas d’allongement syllabique dictés par la métrique : tamadyazt (p. 26), tahayut (p. 112). De plus, le terme amdyaz n’a pas de féminin (cf. M. Taifi, 1991, p. 405); la corporation demeure masculine ! 

L’unique carte peu fournie (p. 34) est nettement insuffisante, alors que les toponymes abondent dans le corpus. 

Traduction incomplète de l’izli n° 14 (p. 49), auquel il manque un hémistiche. 

On omet de signaler que l’izli n° 45 faisait partie du corpus de Tawgrat Oult-Sokhman, poètesse emblématique de la région, dont jusqu’à ce jour les vers restent ancrés dans les esprits, que l’on occulte complètement (cf. Reyniers, 1930). 

Les Ayt Sidi Yahya ou Youssef (p. 68) ; on passe sous silence cette fraction maraboutique autrefois influente dans la région de Tounfit.   

Note incomplète concernant la colline de tawrirt n-tiyni (p. 75, n. 4), site d’un affrontement célèbre entre tribus à l’époque héroïque, « parce qu’ils l’avaient voulu » (is-t-ran) ; cf. De la Chapelle, Le Sultan Moulay Ismaïl et les Berbères Sanhaja du Maroc central (1931).  Bula (izli 105, p. 88) ; c’est le nom « berbérisé » du Capitaine Paulin, longtemps en poste à Tinghir. Note insuffisante sur Ahmaroq (sic) >Amahroq ; on omet de signaler, fait important, qu’il est un des fils de Moha ou-Hammou Azayyi (p. 100 ; n.1).

Même indigence sur le plan de l’information concernant les Ayt Sidi Ali, Sidi El Mekki, etc. 

On aurait pu signaler que : l’izli n° 53, les izlan 118 & 119, ainsi que la  tamawayt, n° 166 p.116 sont des classiques parus dans d’autres publications récentes – ce qui méritait de figurer dans la bibliographie non-existante. 

Coquilles 

uswari pour ušwari,  izli n° 42 (p.56)    timawayn pour timawayin (p.43) iddjium pour iddjiun (p. 64)    iluġam pour iluġman (p. 74) 

tzyzawin pour tzyzawt  &   imyldulin pour imidulin (p. 84, tamdyazt n° 100) ; confusion sing/ plur. ; midul était l’ancêtre éponymique des Ayt Hadiddou de l’ouest  ; du reste, l’appellation tamidulit sert parfois pour désigner le sous-parler tamaziġt de cette partie du Maroc central. 

En définitive, et malgré les quelques réserves ci-dessus émises, nous estimons qu’il s’agit là d’un corpus inédit, fort riche qui, en venant compléter des travaux similaires, enrichit nos connaissances sur un épisode jusqu’alors peu documenté de l’histoire marocaine. Et c’est là le mérite principal de l’ouvrage. 

Michael Peyron, Birds at Al Akhawayn, Al Akhawayn University Press,  Ifrane (2010). 

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Destiné aux amateurs d’Ifrane et de sa région qui lisent l’anglais cet ouvrage de référence recense environ 80 espèces d’oiseaux fréquentant le campus d’Al Akhawayn et ses abords immédiats. Le lecteur y trouvera un recensement aussi complet que possible de la faune aviaire du site, ainsi que quelques détails essentiels permettant de différencier les différents types d’oiseaux. 

Cette université comporte un atout unique : le fait d’être toute entière bâtie dans un biotope arbustif permet une cohabitation autant pacifique que permanente entre humains et oiseaux. De plus, la forêt environnante, représentant plusieurs hectares clôturés est devenue une gigantesque réserve naturelle où la nature s’épanouit librement, et surtout à l’abri de diverses nuisances extérieures. 

Les rebords de fenêtres des résidences peuvent devenir autant de perchoirs, de mangeoires même, pour autant que les locataires y disposent quelques miettes de pain, un récipient d’eau. Des relations intimes, privilégiées se développent ainsi avec la faune ailée. En hiver, lors des conditions extrêmes de climat, chacun peut ainsi contribuer utilement à la suivie de ces espèces : trois types de mésange, le pinson, le merle, le rouge-gorge, le pic épeiche et d’autres encore. 

En somme, ce petit livre doit permettre aux ornithologues amateurs de tirer un plus grand plaisir de leur séjour « ifranien ». 

michael.peyron@voila.fr 

Grenoble septembre 2010 

Text copyright by Michael Peyron; material from same may be quoted in compliance with current academic practice.

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Les almu-s et agdal-s de l’Atlas oriental: état des lieux (2007)

Posté par Michael Peyron le 16 septembre 2010

Les almu-s et agdal-s de l’Atlas

oriental ; état des lieux

Colloque international: “Les agdal-s de l’Atlas marocain: savoirs locaux, droits d’accès, gestion de la biodiversité” (Marrakech, les 10,11, 12 mai 2007)

Introduction

Les massifs montagneux dont il est question comprennent le Moyen Atlas et le Haut Atlas oriental marocain. Cette communication procède à un état des lieux de certains almu-s de ce vaste ensemble, dont bon nombre d’anciens agdal-s en butte à la déréglementation, assortie d’atteintes diverses. Nous nous efforcerons, à travers les savoirs locaux, de démontrer ce qui perdure de ces règles d’accès aux parcours d’altitude ; d’examiner le fonctionnement actuel des agdal-s sur le plan de l’interaction socioculturelle; d’établir le bilan d’une bien précaire biodiversité (assortie de notes ornithologiques) ; d’attirer l’attention sur la situation préoccupante des agdal–s de l’Atlas marocain et de propose quelques solutions.

Les savoirs locaux

Le terme almu est employé pour désigner un herbage d’altitude. Chez les pastoraux de langue amazighe il revêt une connotation positive ; d’un homme heureux on dira, iy-as ul almu (‘il a le cœur en fête’). La poésie locale, par ailleurs, reflète un imaginaire sous-jacent riche en allusions :-

Quiconque détient destrier, tapis, fusil, la belle calée
Sur selle, fera halte sur gazon fleuri, entendra théière
Chanter ; pourra alors l’adversité défier ! (Roux & Peyron 2002)

Considérons également ce distique, tiré du répertoire d’un barde nomade :-

Petit gazon, demeure tel que tu es ; deviens, au besoin, desséché ;
Peu m’importe, dès lors qu’à tes fleurs j’ai goûté ! (Peyron 1993)

Ajoutons-y proverbe qui résume le regard que porte sur la vie un Amazigh du Moyen Atlas :-

Trois choses comptent ici-bas : les belles femmes,
La danse de l’ahidus, et l’herbe des verts pâturages ! (Peyron 1992)

Modalités d’accès

Tout almu n’est pas obligatoirement un agdal. Il ne le devient que suite à un accord entre les usagers des lieux, pastoraux obéissant aux lois de la transhumance. À l’époque ancienne où s’appliquait l’izerf (‘droit coutumier’), si un almu était jugé indispensable à la survie des troupeaux du groupe, l’assemblé (jemmaâ) prenait la décision d’en réglementer l’accès et désignait, pour l’année, un amghar n-igudlan (‘cheikh des pâturages’). Celui-ci était chargé de veiller à la mise en défens de l’agdal, donnant à ce terme sa pleine signification (√ GDL = ‘protéger’, en Tamazight). L’amghar n-igudlan avait le droit, s’il surprenait sur les lieux un troupeau contrevenant, d’imposer une amende (izmaz), voire d’y prélever un bélier à titre de sanction.

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almu de xérophytes sous le Ma’asker, région de Tounfit, mai 2007 (photo: M. Peyron)

Habituellement, l’agdal de montagne était ouvert depuis fin-mai (ou fin-juin) jusqu’à la fin-septembre selon les massifs, moyennant quelques aménagements hors saison pour de petits troupeaux locaux. C’est à ce calendrier schématique qu’obéissaient les mouvements de transhumance observés pendant les années 1960/1970, notamment en ce qui concerne le massif du Bou Iblan – montée des gens de Tanchraramt vers Tisserouine (1) – ou de la fréquentation des almu-s d’Aïn Taghighat (Raynal 1960) et de Tafraout n-Serdoun dans l’Ayyachi (2).

Des modifications pouvaient être apportées à ce calendrier, à la discrétion de l’amghar n-igudlan, concernant la date de descente depuis l’estive, notamment en cas de précipitations nivales précoces. À prolonger le séjour en altitude, les troupeaux couraient de graves risques ; de plus, la neige risquait, en les aplatissant, de rendre hors d’usage les tentes des transhumants (3).

De nombreux indices laissent à penser qu’aux temps anciens, de manière à renforcer les lois qui en régissaient l’accès, il y avait sacralisation de l’agdal. En outre, les sources faisaient l’objet d’une vénération quasi-religieuse, dont subsistent des vestiges. C’est le cas de la source d’Almou n-Ouensa (4), ainsi que celle de Taghbalout n-Zagmouzen, rive gauche de l’Asif Melloul, à la limite des Ayt Hadiddou et des Ayt Sokhman.

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Berger Ou-’Ammar près d’Anefgou (photo: M. Peyron)

Parfois, le culte d’un saint local, ou agurram, est associé à l’almu voisin. Il en est ainsi du sanctuaire de Sidi Amandar, juché sur un avant-mont escarpé de 2 950m, à 5 kilomètres au sud-ouest d’Imilchil, et dont la baraka s’étend sur les pâturages de Tanoutfit, d’Almou n-Oumandar, ainsi que sur le sommet principal d’Amandar (3 037m). Effectivement, le sanctuaire comprend deux cabanes contenant un nécessaire de bivouac : bougies, nattes, vivres, combustible, etc. D’après la présence de cornes et d’ossements de béliers il y a tout lieu d’en déduire que des sacrifices propitiatoires y sont régulièrement célébrés (5). De même a-t-on relevé, dans un canton voisin du pays Ayt Yahya, des traces similaires d’immolations au sommet du Tizraouline (3 118m) – ceci à mettre en rapport avec la fréquentation de l’Almou n-Igri voisin (‘pâturage des grenouilles’) (6).

Par ailleurs, en faisant appel aux forces surnaturelles, la tradition orale peut renforcer la magie des lieux, de façon à éviter toute infraction aux lois de la transhumance. Les Ayt Warayn (notamment la fraction des Ahl Tanchraramt) qui fréquentent en été les parcours de Tisserouine dans le Bou Iblane, désignent un amoncellement rocheux en expliquant qu’il s’agit là « d’une vieille, sa tente, son berger, et son troupeau ». C’est la légende de « La Vieille » (tafqirt) (7). Janvier étant achevé, la vieille femme, fière d’avoir tenue en montagne grâce au beau temps du plein hiver, nargue le mois finissant. Ce dernier appelle à la rescousse son collègue Février, lequel envoie une tempête qui ensevelit et pétrifie humains, tente et bêtes – d’où les roches actuelles.

Si les ethnologues font ainsi moisson en matière de tradition orale, les scientifiques, perçoivent essentiellement les agdal-s comme contribuant à entretenir la biodiversité.

De possibles sanctuaires de biodiversité

Le tandem pâturage/zone humide, réunissant cheptel, flore, avifaune, batraciens et lépidoptères, constitue le plus fécond des biotopes. Nous en présentons brièvement quelques cas concrets.

1) Agelmam Afennourir (< ikhf n-awrir = ‘tête de la montagne’).

Situé parmi des pâturages à 1 796m d’altitude au sud-est d’Aïn Leuh, cet étang marécageux, aux abords asylvatiques, incarne la notion de biodiversité au Moyen Atlas. Site privilégié pour oiseaux aquatiques résidents et/ou migrateurs, on y recense une quarantaine d’espèces, dont certaines relativement rares. Érigé en site Ramsar, il fait l’objet d’un certain suivi scientifique, sans être entièrement à l’abri du braconnage (Peyron 2005), car une route, non goudronnée en fin de parcours, en facilite l’accès. Avec l’effondrement de la réglementation traditionnelle sur les pâturages qui caractérise le Moyen Atlas depuis quinze ans, les anciens transhumants, devenus sédentaires, maintiennent sur les pelouses riveraines une pression permanente (Chillasse & al. 2001). En effet, un nombre considérable de ces nouveaux bergers, dont des éléments allogènes (8), remplacent la classique tente berbère des transhumants par des abris permanents en pierre, bois, plastique, et « squattent » les lieux. Pour l’heure, il règne un équilibre précaire à Afennourir entre avifaune et transhumants, la proximité d’une pelouse de joncs (Juncus bufonius), ainsi que des îlots de végétation aquatique (Scirpus holosehoeunus) permettant la nidification de certaines espèces, dont des grèbes et des canards (9).

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Pâturages en bordure d’Agelmam Afennourir, mars 2009 (photo: M. Peyron)

2) Pâturages de Tassamakt.

Situés au sud-ouest de Timhadit entre 1 850 et 1 950m d’altitude, sur les parcours de la fraction des Imrabden des Ayt Myill (Beni Mguild), ceux-ci s’étendent sur sept kilomètres entre le Ras Admar Izem au nord et les anticlinaux d’El-Koubbat (2 255m) et du Jbel Hayane (2 409m) au sud, constituant un des plus vastes ensembles de pacages du Moyen Atlas occidental. Site exceptionnel, combinant pelouses sèches, semi humides, voire humides (présence de nombreux étangs saisonniers), il a été contaminé en un premier temps par l’installation d’une exploitation de schistes bitumineux, opérationnel au début des années 1980 (site dit « de Beqrit » fermé depuis, Peyron 2000), avec construction d’un axe goudronnée, le CT 3389, et édification d’une école. En un deuxième temps, dans le courant des années 1990, l’accès étant ainsi facilité aux pastoraux, ceux-ci se sont installés en force (Johnson & Bencherifa 1993). Ainsi peut-on actuellement y dénombrer au moins dix bergeries permanentes, chacune abritant un cheptel dépassant une centaine de têtes (10). Tendance généralisée à travers le Moyen Atlas, cela provoque l’effondrement du principe même de l’agdal, d’où des répercussions néfastes à terme sur les herbages : disparition de la notion de mise en défens ; pression exagérée sur les points d’eau ; impossibilité pour l’herbe de dépasser le stade de pelouse rase et apparition généralisée de gazons écorchés sur les bordures.

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Pâturages de Tassamakt, belle pelouse & gazon écorché, Moyen-Atlas, mai 2006  (photo: M. Peyron)

Il convient de faire remarquer, toutefois, qu’au moins deux zones de parcours du Moyen Atlas échappent partiellement à cette règle : celles de Zaouia Oued Ifran et d’Agelmam Sidi Ali. La première, grâce à une impulsion dynamique donnée par le maire de l’agglomération, Mohamed Fadili, a réussi à rétablir pour les troupeaux la classique alternance entre azaghar en hiver et jbel en été (11). La deuxième, comprend les nombreux pacages qui bordent la RP 21 entre le lac de Sidi Ali et le Col du Zad. Si, malgré la sècheresse, certains troupeaux des Ayt Raho ou Ali y accèdent en mars depuis Boulâajoul en Haute Moulouya, la fermeture est respectée en avril/mai. C’est à la fin-mai que devient effective la montée en estive (12).

3) Le Jbel ‘Ayyachi (Âari n-ou Ayyach).

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Champ de maïs & ‘Ayyachi vu des Imtchimen, Haut Atlas oriental, nov 1983 (photo: M. Peyron)

Troisième massif marocain par l’altitude et l’étendue, il constitue un véritable carrefour de mouvements pastoraux, dont les pâturages sont convoités, à des degrés divers, par plusieurs groupements faisant partie de la « super-tribu » des Ayt Yafelman: les Ayt Yahya, Ayt Ayyach, Ayt Merghad et Ayt Hadiddou. Dès le 17e siècle ce sont les igurramn de la Zaouia Sidi Hamza, qui, profitant de leur situation stratégique, arbitreront les conflits pastoraux dans l’Ayyachi (Peyron 1984). Démêlées inter- et intra-tribaux ayant abouti à une répartition relativement équitable des pâturages de l’Ayyachi. C’est la conclusion qui s’imposait au terme de tournées sur le terrain effectuées entre 1975 et 1991.

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Nomades Ayt Merghad, cirque de Ja’afar, mai 1969 (photo: M. Peyron) 

En effet, la fréquentation des igudlan d’Aïn Taghgighat et de Tafraout n-Ouallil, étagés entre 2 600 et 3 000m, représentait au début des années 1990 un cas assez exemplaire de compromis basé sur la coutume locale. Des transhumants Ayt Merghad et Ayt Hadiddou en partageaient l’accès avec un minimum de frictions ; les premiers montaient depuis Tattiouine au Nord par la vallée d’Ikkis et passaient le Tizi n-Tserdount (3 046m) ; les seconds, venus de Tannghrift sur le versant assamer (‘adret’), avaient franchis le Tizi n-Mawtfoud (2 788m) et le Tizi n-Bou Âadil (3 078m). L’unique source d’Aïn Taghighat (2 750m), avec sa pelouse humide, desservait une communauté nomade comptant une trentaine de tentes en juillet/août. Après l’arrivée en estive à la fin mai, les dromadaires porteurs divaguaient sur les crêtes, se nourrissant de chardons et de xérophytes. La vie collective pastorale régnait ainsi jusqu’en septembre, ponctuée par la sortie/rentrée du cheptel, le salage des pierres plates à destination des ovins, des séances de réparation de tentes, de préparation du petit lait (aghu) et des soirées d’ahidus (13).

D’autres fractions Ayt Hadiddou, celles d’Ayt Yakoub et d’Afraskou, ayant également empruntées le Tizi n-Mawtfoud, une fois leurs tentes installées, se contentaient des parcours de l’Aqqa n-Tâarâart, de l’Aqqa n-Bou Oustour et de Tafraout n-Serdoun. À chaque fraction ses emplacements de tentes, reconnaissables à des cercles de pierres, et reconduits d’une année sur l’autre.

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Haute vallée de Ta’ara’art, massif de l’Ayyachi, nov 1974 (photo: M. Peyron)

Les Ayt Ayyach des ksour de Tâarâart et de Mendaïour, quant à eux, n’utilisaient que les bas versants sud de l’Ayyachi, rive droite de l’Aqqa n-Tâarâart, à partir des bergeries d’Iblilou (2 470m) et de Tadaout n-Woudi, ainsi que certains parcours au nord-est du Tizi n-Mawtfoud (Bou Imterga).

Quatre fractions Ayt Yahya se partageaient la partie ouest de l’Ayyachi. Les Ayt Sliman de la basse vallée de Tâarâart, répartis en trois douars (Tighermine, Louggagh et Massou), accédaient aux almu-s des versants leur faisant face au sud, entre le Tizi n-Itgel (‘col du cèdre’) et le Tizi n-Mawtfoud, notamment sur l’Igourdan. Les Ayt Bou Arbi, qui occupent les cluses de l’Anzegmir entre l’Ayyachi et le Mâasker, avaient accès à l’Aqqa n-Bou Isly et l’Aqqa n-Bou Irifi (‘ravin de la soif’). Les xérophyteraies du versant nord revenaient aux Imitchimen, notamment dans l’Aqqa n-Bou Ghaba, l’Agouni n-Arfa, l’Agouni n-Tidouggwa et l’Imi n-Tkhamt. Plus à l’est sur le même versant, la dépaissance des Ayt Tawlghaout les amenaient sur les parcours de Mitqane, au pied du Tizouliyne (3 407m).

Signalons, pour compléter le recensement des pâturages de l’Ayyachi, que ce sont des éléments Ayt Merghad qui nomadisent, dès la fin-mai aux environs de Jâafar, Tafrant n-Ijimi, Agouni n-Bou Âarar, Taarbat et Tizi n-Toufli n-Wadou. À la fin-septembre ils prennent leurs quartiers d’hiver dans le vallon d’Ikkis, ou sur les glacis de piedmont au-delà de Tagouilelt (Peyron 1975 & 1977)(14).

4) Le plateau des Lacs et sa bordure nord.

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Transhumants montant de Tirghist vers le plateau des Lacs, mai 1998 (photo: M. Peyron)

Il s’agit d’un vaste synclinal perché riche en biodiversité, centré sur une zone de pâturages – Izlan et Igran n-Igenna (‘champs du ciel’) – entourant le célèbre Plateau des Lacs, qui se partage entre pozzines, pelouses sèches et steppe à armoise (Sghir & Fennane 2003) ; en altitude, apparaît la steppe semi-aride de montagne à xérophytes, de type méditerranéen froid.

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almu pour équidés, Tizi n-Inouzan, oct 1997 (photo: M. Peyron)

En bordure, s’élève une guirlande de montagnes arides, jouxtant d’autres pacages (Amalou n-Inouzan et Tizi n-Taoughrist) ainsi que la cédraie des Ayt Yahya. C’est à près de 3 000m d’altitude dans les escarpements du Fazaz et du Hayim voisins, qu’apparaît le mouflon à manchettes (Ammotragus lervia), au sein d’une zone érigée en SIBE (Site d’Intérêt Biologique et Écologique), laquelle constitue le noyau du futur PNHAO, ou Parc National du Haut Atlas Oriental (Billand 1996). Démarche environnementale, depuis longtemps annoncée, qui souligne le caractère privilégié de cette zone sur le plan faunistique, ainsi que l’absolue nécessité d’une prise de conscience collective de la part des riverains – des ksouriens de Tirghist notamment – quant à l’utilité que revêt pour eux un parc bien géré, générateur de devises, et dans le suivi duquel ils seraient nécessairement impliqués (Bourbouze 1997 ; Peyron 2004). Le mouflon, autrefois menacé, était présent à hauteur de 156 têtes en octobre 1997, d’après un comptage effectué par des Volontaires de la Paix américains (15). Pour le moment, les habitants de Tirghist se plaignent de ce que les mouflons broutent leurs cultures (tshan-akh luhush ! disent-ils), d’autant plus que ces mammifères, bénéficiant de mesures de protection, s’étendent à l’est dans l’Aberdouz et le Wilghissen, ainsi qu’à l’ouest vers le Msedrid, l’Isswal, l’Iger n-Igenna et le Tawjjâaout, broutant les graminées et herbacés de ces massifs, et entrant en compétition avec les ovins et caprins domestiques.

Deux groupements de populations montagnardes ont majoritairement accès au Plateau des Lacs :-

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Transhumance d’Anefgou en direction du Tizi n-Inouzan, mai 2009 (photo: M. Peyron)

1) les Ayt Ameur d’Anefgou : cette ancienne fraction Ayt Hadiddou relève actuellement de l’Annexe de Tounfit, étant inféodée aux Ayt Yahya depuis 1933. Le Capitaine Parlange (burlanj) des Affaires Indigènes avait alors fait remarquer aux Ayt Ameur, occupant un canton remarquable par la qualité de ses cédraies, qu’ils avaient désormais intérêt à faire partie du commandement de Tounfit, dont l’autorité les protégerait contre les incursions nocturnes de leurs frères Ayt Hadiddou d’Imilchil, voleurs de bois réputés (16);

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almu de Taghighacht, Haut Atlas d’Imilchil, mars 1977 (photo: M. Peyron)

2) les Ayt Yâzza, fraction importante des Ayt Hadiddou de l’Asif n-Tilmi (notamment ceux de Taghighacht) et de l’Asif Melloul (région d’Imilchil). Ils se doivent, cependant, d’y accueillir sans rechigner d’autres éléments Ayt Hadiddou venus des Isellaten (Ou-Terbat), ainsi que des Ayt Brahim du Haut Asif Melloul. Ces dispositions, cependant, ne s’étendent pas à leurs cousins situés sur le versant sud, ceux de l’Imdghas (Haut Dadès), d’où la tribu est originaire. Ce modus vivendi est l’aboutissement d’une longue série de confrontations entre fractions, ayant marqué la période précoloniale, et dont l’enjeu était l’accès aux agdal-s du Plateau des Lacs. Quoi qu’il en soit, cette situation, perçue par certains groupements comme légitimant leurs droits d’estive, remise en cause par d’autres, aura été l’objet de litiges incessants, même si le fait d’accéder aux pâturages d’Izlan demeure un très fort symbole d’unité parmi les Ayt Hadiddou (Kraus 1998).

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almu au bord de l’Asif Melloul, en amont d’Imilchil, oct 1997 (photo: M. Peyron)

Les igudlan du Plateau des Lacs ont subi une dégradation inexorable pendant les années 1975-1989, période marquée par un début de stress hydrique significatif. Le schéma de fréquentation, déjà signalé (Couvreur 1968 ), était le suivant en 1979: les ksouriens de Taghighecht disposaient de bergeries permanentes entre Izli et le Tizi n’Irig, ainsi que d’une demi-douzaine dans l’Aqqa n-Ouanine (17). À la fin mars, leurs troupeaux d’un effectif inférieur à une cinquantaine de têtes, avaient encore droit d’accès aux igudlan. Suivait la mise en défens totale (avril-juin) ; à la fin juin c’était la montée en estive d’autres fractions, qui campaient sous la tente. L’accès à d’autres pâturages pouvait être différencié : ceux de Tanoutfit et d’Amandar, par exemple. Ils étaient occupés dès la fin mai 1978 par des transhumants Ayt Hadiddou d’Ou-Terbat.

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Pâturage d’automne en bordure du Plateau des Lacs, Ayt Hadiddou, oct. 2002 (photo: M. Peyron)

Lors d’un passage en septembre 1982, nous avions constaté une accélération du phénomène de surpâturage, notamment entre Izli et l’Aqqa n-Moutzeli, marquant les effets secondaires d’une série d’années de sécheresse ; impression confirmée en juillet 1989, époque à laquelle les pâturages d’Igran n-Igenna, massivement transformés en gazons écorchés, présentaient un aspect de dust bowl (Peyron 1992). Simultanément, une autre tendance pouvait être constatée : l’extension sauvage de l’habitat dispersé en bordure des igudlan, accompagnée de mises en culture sur les piedmonts nord du Msedrid et de l’Âari n-Tghighecht (18). Il m’a été confirmé alors que les dispositions habituelles d’accès aux igudlan n’étaient plus respectées en raison de périodes de stress hydrique prolongé. Si on a pu assister (juillet 1991) à une timide tentative de restauration de l’ancienne réglementation, avec désignation d’un amghar n-igudlan stationné à Tasgount, cette initiative semblerait être restée sans lendemain. Effectivement, en mai 2007, à une période où auparavant s’appliquait la mise en défens, on nous annonçait que l’accès aux pâturages était libre pendant toute l’année. Triste constat ! Ainsi, le 20/05/2007, a-t-on pu dénombrer sept troupeaux de plus d’une centaine de têtes sur les pacages entre Izli et l’Aqqa n-Moutzeli. Autre signe d’incurie pastorale : le cadavre d’une brebis flottant au fond du puits situé au bord de la piste qui mène de Tasgount au Tizi n-Irig, sur le rebord nord du plateau. Interrogé à ce propos par nos soins, un berger de Taghighecht a répondu que cela ne le concernait pas ; que cela relevait des gens d’Imilchil.

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Pâturage d’Imilchil (Plateau des Lacs) en accès illimité aux troupeaux, mai 2007 (photo: M. Peyron)

Malgré cette fréquentation pastorale accrue, à laquelle il convient d’ajouter la pollution sonore (et autre) des bivouacs de trekkeurs et des adeptes de VTT et de 4×4, phénomène déjà dénoncé (Peyron 2003 & 2004), on constate la difficile survie de la biodiversité à proximité des deux lacs – Izli et Tizlit. Le premier, aux berges érodées et dépourvues de roselières, est plutôt pauvre sur le plan faunistique; le deuxième, malgré par la pression touristique, dont présence d’une auberge (Ramou 2005), présente une faune aviaire relativement riche, dont les trois variétés de grèbes répertoriées au Maroc, favorisée par la présence de cinq importantes roselières, que des baisses de niveaux successives mettent parfois en danger. En mai 2007, toutefois, une pluviométrie généreuse avait contribué à une remontée spectaculaire du niveau des eaux.

On ne peut évoquer le Plateau des Lacs et ses bordures sans mentionner les somptueuses cédraies voisines des Ayt Yahya, dont la présence serait de nature à apporter une valeur ajoutée au futur PNHAO. Or, certains triages, loin des axes routiers et des regards indiscrets, font l’objet de campagnes d’abattage, de coupes illicites à grande échelle, de surpâturage intensif (Tarrier 2007) (19). Loin d’être tenu en échec par les rondes d’agents forestiers (20), ce fléau connaît une montée en puissance, une demande grandissante de bois pour l’ébénisterie et l’artisanat alimentant un trafique fleurissant, où chacun trouve son compte, exception faite pour l’indigent paysan marocain du coin, floué une fois de plus (Bennani 2007) (21)! Pratiques qu’il conviendrait de dénoncer et de combattre avec toute la rigueur nécessaire. De tout ceci il ressort clairement que l’ensemble altimontain que constitue le Plateau des Lacs, avec ses zones humides, pelouses d’altitude et forêts, de par la biodiversité qu’il renferme, mérite un suivi sérieux, si l’on entend le conserver pour les générations futures.

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Pâturages écorchés, est du Plateau des Lacs, mai 2009 (photo: M. Peyron)

5) Les almu-s les plus inaccessibles de l’Atlas marocain.

Il s’agit des pâturages d’Almou n-Ouensa, de Timitt, d’Asfalou n-Timitt et d’Almou n-Selloult. Site totalement asylvatique d’une grande austérité, entouré de chaînons dépassant les 3 000m d’altitude, Almou n-Ouensa est un pâturage de montagne (2 500m) situé à une journée de marche au sud-ouest d’Imilchil. Son intérêt pour la biodiversité réside en une steppe xérophytique, ainsi qu’un ensemble de pelouses rases de plusieurs hectares. Une partie de celles-ci sont semi-humides et abritent des batraciens, notamment à proximité des sources, que fréquente un rapace solitaire observé deux années de suite (2004 & 2005), identifié comme étant un  Circaète jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), et dont l’interaction avec les dits batraciens est un garant précieux de biodiversité. Bien que les poissons constituent l’essentiel de l’alimentation de son alimentation, le Circaète peut effectivement se contenter de grenouilles. Sa présence en mai est tout à fait compatible avec les couloirs de migration qu’emprunte l’espèce, compte tenu des observations dont elle a fait l’objet (22).

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Source & pâturages d’Almou n-Wensa, mai 2004 (photo: E. Hatt)

À la fin mai la présence des Ayt Hadiddou se limite à une dizaine de tentes, occupées principalement par des filles et jeunes femmes. Pendant la journée les coussinets épineux (Alysum spinosum, Erinacea antyllis, etc.) des versants voisins sont mis à contribution par les ovins et caprins, ainsi que par les femmes qui s’en servent comme combustible. Quant aux pelouses principales, elles sont fréquentées par de petits groupes d’ânes, en symbiose avec des vols d’oiseaux, qui capturent les insectes dérangés par les sabots des équidés ; il s’agit de la Bergeronnette printanière (Motacilla flava) et du Pipit spioncelle (Anthus spinoletta). Autres représentants de l’avifaune : le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), dont on observe des vols importants, ainsi que l’Alouette pispolette (Calandrella rufescens), présente à la lisière des pelouses rases. Il est à noter que la consommation d’herbe rend particulièrement nerveux les ânes en question, dont on voit certains lancés au galop, apparemment sans raison (23). En mai 2004, année humide, l’almu, d’un vert saturé, était gorgé d’eau et présentait un aspect de saine abondance. L’année suivante à la même époque, le lisières paraissaient desséchées, voir écorchées, alors que le débit de la source principale était visiblement moins important. Ceci souligne, s’il en était besoin, le caractère fragile d’Almou n-Ouensa, raison pour laquelle nous en avions proposé la candidature comme zone SIBE dans un travail antérieur (Peyron 2004).

Timitt et Asfalou n-Timitt se situent à deux/trois heures de marche au sud-ouest d’Almou n-Ouensa. On se trouve là au carrefour de la transhumance Ayt Hadiddou, Ayt Merghad et Ayt Sokhman, tristement célèbre par le passé pour ses nombreux litiges, dégénérant parfois en rixes entre bergers pouvant entraîner l’intervention sur les lieux des autorités, parfois jusqu’au grade de qayd mumtaz. Déjà, du temps du Protectorat, la fréquentation de Timitt donnait lieu à des tensions entres groupements (Couvreur 1968). Du reste, Timitt ne détient pas l’exclusivité en matière d’affrontements entre bergers ; la tradition orale locale signale à maintes reprises le même phénomène entre pâtres Ayt Abdi et Ayt Daoud ou Ali pendant les années 1990, à l’agdal de Tinguerft, rive droite de l’Asif Melloul. Les années de sécheresse n’ont fait qu’aggraver le phénomène ; ici ovins, caprins et camélidés doivent se contenter de xérophytes épineux, les pelouses étant rares, les pozzines faisant défaut – impression générale de pâturages dégradés, de manque de biodiversité (24). Deux années successives (fin mai 2004 & 2005) une quinzaine de tentes a été observée sur le site dans son ensemble. Quant à l’unique point d’eau, Anou n-Timitt, ce puits était plein à ras bord en 2004, alors que le niveau avait baissé de 30cm en 2005.

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Almou n-Selloult, mai 2004 (photo: M. Peyron)

À cinq kilomètres au sud-ouest, par un ravin escarpé, siège d’une humidité résiduelle, avec de loin en loin une tente Ayt Hadiddou sous des surplombs, ou une bergerie en pierres sèches, l’on parvient au cirque d’Allen Ighboula (‘les yeux de la source’) : champs d’orge irrigués, les premiers depuis Imilchil. On se situe à la limite entre Ayt Hadiddou et Ayt Sokhman ; les deux groupements, il convient de le souligner, semblent entretenir là de meilleurs rapports de voisinage que par le passé (25).

En remontant un vallon plein sud, parcouru par un asif (‘torrent’) on atteint le premier des almu-s de Selloult, vaste complexe de pelouses et sources, de champs d’orge également (26), appartenant aux Ayt Sokhman (fraction des Ayt Abdi). D’après nos observations (1982, 2004 & 2005), il est permis d’affirmer que les pastoraux de ce secteur n’ont plus recours à la tente, mais à des bergeries permanentes installées à proximité en ordre dispersé. À la fin mai un amghar n-igudlan y passait ses journées à veiller au bon déroulement de l’accès aux pâturages. Sa seule présence constitue un facteur rassurant : le makhzen marque ainsi son intérêt, fût-ce de façon tenue et lointaine, à ce que l’ordre règne sur place. Du reste, une aire d’atterrissage pour hélicoptère, aménagée à côté de la demeure de l’amghar n-igudlan, indique une présence virtuelle de l’autorité.

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Partie écorchée d’Almou Akhattar, mai 2005  (photo: M. Peyron)

Une conjoncture alarmante

Les cas concrets ci-dessus exposés ont permis de constater que, bien que les usagers comprennent la nécessité de règlementer l’accès aux pâturages et des écosystèmes avoisinants, on aboutit, dans la majorité des cas, au non-respect de la réglementation sur les agdal-s et les parcours forestiers avec comme résultat une perte de biodiversité dans de nombreux sites, accompagnée par une dégradation des sols. Ceci pour les raisons suivantes :-

a) les sécheresses à répétition depuis 1980, caractérisées par un stress hydrique nuisible à la survie des forêts et herbages, lesquels, de plus en plus sollicités, prennent davantage de valeur, tout en diminuant de superficie, à cause de
b) la spéculation ovine effrénée de la part de propriétaires de troupeaux citadins et absentéistes;
c) la pression touristique et démographique (implantations d’habitat sauvage), avec comme corollaire le goudronnage de nouvelles pistes de pénétration, facilitant
d) le saccage de la cédraie, animé par le trafique du bois d’ébénisterie et de menuiserie (plafonds en cèdre, etc.)

De ce fait, compte tenu de la conjoncture actuelle, les phénomènes c) et d) sont totalement déphasés, tant par rapport aux critères écologiques mondialement reconnus, qu’à la demande très forte du marché de l’éco-tourisme, dit « tourisme vert ». Situation locale particulière où, s’agissant des marchés de la viande et du bois d’œuvre, la loi de l’offre et de la demande semblerait rester souveraine, le tout assorti de « langue de bois », de pieuses déclarations d’intention, et ce au détriment de mesures effectives de préservation de la biodiversité. Conjoncture néfaste qui est en passe de gagner la totalité du Moyen Atlas, au risque de s’étendre à l’ensemble du Haut Atlas marocain. Déjà, parmi les massifs orientaux de l’Atlas qui nous concernent, les signes avant-coureurs de l’inéluctable désastre sont clairement visibles. En effet, à la vue des atteintes que subissent les biotopes, il est possible d’effectuer des projections sur une cinquantaine d’année en aval selon un scénario se déroulant en quatre stades.

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Cédraie fossile, Tizi n-Mawtfoud, vallée de Ta’ara’art, nov 1974 (photo: M. Peyron)

1° Apparition de cédraies fossiles, voire « thérophytisées » (Benabid 1995), revêtant l’aspect d’un maquis de chênes-verts comportant quelques cèdres squelettiques témoins ; exemple : versant sud du Tizi n-Ighil, région de Tounfit ;
2° chênaies aux arbres moribonds, réduits à l’état de moignons à peine feuillus ; exemple : versant nord du Jbel Harouch (2 974m), Haut Ziz ;
3° avant-dernier stade : versants à xérophytes résiduels, servant éventuellement de parcours aux caprins, devenus difficilement accessibles (mai 2007), car érodés, ravagés, par le ruissellement des orages estivaux, alors qu’en avril 1970, on y circulait facilement sur sentier ; exemple : crête du Tizi n-Ighil entre sommet-2 690 et Tizi n-Ou Houdim, région de Tounfit ;
4° phase finale : versants totalement décapés, dépourvus de végétation, infréquentables par des troupeaux ; exemple : versant dit Bou Imterga (« le raviné »), vallée de Tâarâart, massif de l’Ayyachi.

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Bouimterga (‘le raviné’), vallée de Ta’ara’art, nov 1977 (photo: M. Peyron)

Enchaînement pouvant contribuer, à terme, sur le plan écologique, à un « scénario catastrophe », d’autant plus que le réchauffement planétaire ne semblerait pas épargner le Maroc.

Conclusion

Malgré la complexité, la gravité de la conjoncture actuelle, envers et contre tous, l’institution de l’agdal, régie par la coutume semblerait vouloir perdurer, grâce à sa souplesse, adaptée qu’elle est à une situation souvent fluide, conflictuelle. C’est ainsi que l’on pourrait entrevoir, comme moyen de sortie de crise, un heureux mariage entre des méthodes modernes de gestions de conflits et les sages dispositions sur les igudlan contenues dans l’izerf traditionnel (27). Initiative qui sera, toutefois, vouée à l’échec tant que, au mépris de toute considération environnementale, l’appât du gain (spéculation ovine, trafique du bois de cèdre, etc.) demeurera le seul critère pouvant régir l’approche de la problématique des igudlan et autres parcours forestiers.

Il est souhaitable, en tout cas, que l’actuelle génération de chercheurs marocains –scientifiques et hommes de terrain convaincus de la nécessité d’une démarche conviviale envers l’environnement, à l’instar de ceux que nous avons rencontrés à Marrakech le 12 mai 2007 – puisse mener à bien ses travaux, faire entendre sa voix ! Faire comprendre, en haut lieu, que pacages et cédraies protégés valent mieux que pâturages et cédraies saccagés ; qu’ils y ont tout à gagner. Quelque chose pourra alors être sauvé.

Compte tenu de ces impératifs il y a urgence absolue à mener un certain nombre d’actions en profondeur, et d’en garantir le suivi :-

a) Réactualiser une transhumance respectueuse de la biodiversité, qu’il s’agisse de la conservation des sols, des gazons d’altitude et des différents formes de vie végétale, animale, aviaire et autre qu’ils renferment ; en particulier, sensibiliser les adultes au besoin de respecter la biodiversité afin de redresser certaines tendances néfastes (capture de macaques, de porcs-épics, ou abattage au lance-pierres des passereaux, élimination aveugle – et par ignorance – des reptiles de toutes sortes), etc. ;

b) Veiller sur le terrain à l’application effective des règlements interdisant le braconnage, notamment en ce qui concerne des représentants « nobles » de la faune, tels le mouflon ;

c) Rechercher un équilibre permettant d’assurer une gestion performante des ressources naturelles (eaux, forêts, faune, etc.);

d) Compte tenu de l’importance grandissante de l’écotourisme, doter l’industrie touristique marocaine d’une déontologie de la biodiversité, notamment de façon à mieux gérer les déchets à proximité des gîtes, ainsi que la pollution qui apparaît le long des itinéraires de trekking ;

e) Former des guides du CFAMM à Tabant (Ayt Bouguemmez), notamment ceux provenant du nouveau recrutement citadin, moins avertis des choses de la montagne que leurs collègues du jbel, de façon à ce qu’ils soient conscients des enjeux gouvernant l’environnement et la transhumance, notions auxquelles ils ne sont pas naturellement sensibilisés ;

f) Etablir un cadre de planification décentralisé et participatif (comités de co-ordination nationaux et régionaux incorporant les instances traditionnelles) ;

g) Ériger un code national pastoral (du style « charte des pâturages » ) qui insisterait, en particulier, sur une réduction au moins de moitié de la taille de chaque troupeau, de façon à soulager la pression insoutenable dont les biotopes font l’objet ;

h) Créer un centre de formation pastorale combinant savoirs locaux et connaissances technologiques modernes (28).

Ainsi, l’importance des massifs orientaux de l’Atlas marocain, « point chaud » de la biodiversité méditerranéenne, est-elle désormais largement reconnue. L’institution des agdal-s se situant, on le sait, au cœur d’un système national, voire international, impliquant le traditionnel, le politique, le social, le tourisme, on ne peut qu’espérer une prise de conscience des responsables afin que soit sauvée une fleuron millénaire, vital à l’équilibre écologique du pays.

Appendice A : observations ornithologiques

Agelmam Afennourir

Voici une liste non-exhaustive (observ. pers. le 24/05/2005) :- Cigogne (Ciconia ciconia), Balbuzard-pêcheur (Pandion haliaetus), Faucon hobereau (Falco subbuteo), Grèbe à cou noir (Podiceps nigricolis), Grèbe huppé (Podiceps cristatus) ; Héron cendré (Ardea cinerea), Tadorne casarca (Tadorna ferruginea), Fuligule milouin (Arthya ferina), Échasse blanche (Himantopus himantopus), Chevalier guignette (Tringa hypoleucos), Chevalier gambette (Tringa totanus), Sterne pierregarin (Sterna hirundo), Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), un Traquet (Oenanthe lugens), deux variétés de Foulque (Fulica cristata & Fulica atra) ; auxquels il convient d’ajouter une Avocette (Recurvirosa avosetta), observ. pers. en mai 1999.

Plateau de Tassamakt

Observ. pers. (mai 1984, ainsi que les 21/04/2006 & 05/05/2007). L’avifaune est relativement pauvre, dont deux espèces de Traquet (Oenanthe oenanthe seebohmi & Oenanthe lugens) ainsi que les deux espèces de Foulque répertoriés dans le Moyen Atlas (dans l’agelmam en bordure de route à 1 km à l’est du plateau); Milan noir (Milvus migrans), Aigle botté (Hieraaëtus pennatus), Glaréole à collier (Glareola pratincola), Alouette Hausse-col (Eremophila alpestris).

Plateau des Lacs

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Roselières en bordure de Tizlit, mai 2007 (photo: M. Morgenthaler)

Avifaune de Tizlit (liste non exhaustive) : Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), Grèbe huppé (Podiceps cristatus), Grèbe à cou noir (Podiceps nigricolis) présent également à Izli, Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficolis), Tadorne casarca (Tadorna ferruginea), Canard souchet (Anas clypeata), Chevalier guignette (Tringa hypoleucos), Chevalier culblanc (Tringa ochropus), ainsi que l’omniprésent Foulque (Fulica cristata) ; également un visiteur rarissime, le Panure à moustaches (Panurus biarmicus), observ. Le 10/04/2004. Biotope moins riche à Izli :- Courlis (Numenius arquata), Alouette hausse-col (Eremophila alpestris), Goéland leucophée (Larus cacchinans michahellis) qui est une sous-espèce du Goéland argenté (observ. le 24/12/1987).

NOTES

1  Observation personnelle, désormais « Observ. pers. », (22/05/1981).
2 Observ. pers. à Agheddou (02/07/1978), ainsi qu’à Anefgou (30/06/1988).
3 Observ. pers. d’une tente écrasée par la neige, à Imi n-Tkhamt, Imitchimen, versant N de l’Ayyachi (01/11/1978).
4 Cf. J. Robichez, Maroc central, Arthaud, Paris/Grenoble, 1946 (p. 174), pour une photo ancienne de cette source, point de rencontre de la transhumance des Ayt Hadiddou et des Ayt Merghad.
5 Observ. pers. (22/05/2001).
6 Observ. pers. de Denis Dourron (15/10/1975), co-auteur De l’Ayachi au Koucer (1976) ; cf. également, une coutume similaire chez les Ilemchan des Ayt ‘Atta ( J. Robichez, op. cit., p.45).

7 Également haguza (ar.) chez certains groupements amazighes du Moyen Atlas.
8 Dont certains pâtres arabophones montés de l’azaghar ; observ. pers. (février 2003).
9 Cf. également > http://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_Afennourir
10 Observ. pers. in situ en février et mai 2007.
11 Conversation avec l’intéressé le 17 avril 2007, lors de la tenue à l’Université Al-Akhawayn d’Ifrane, du Colloque « Implication des populations amazighes dans le tourisme de montagne au Maroc ».
12 Observ. pers. sur la période 1998-2007.
13 Résultats d’observ. pers. effectuées in situ. Informations, toutefois, marquées par une absence de données sur la période 1991-2007.
14 Oberv. pers. en septembre 1999, mars 2001, mai 2002 et mai 2007, lors de tournées sur les piedmonts nord-ouest de l’Ayyachi.
15 Observ. pers in situ. Par ailleurs, une fois définitivement en place, le PNHAO pourra intervenir sur les rapaces de la région, dont le nombre a fortement diminué ces dernières années, principalement en raison d’un abus de pesticides.
16 Tradition orale, Anefgou, printemps 1978.
17 En mai 2007 on dénombrait dans l’Aqqa n-Ouanine une demi-douzaine de hameaux composés de « résidences secondaires », ainsi que des champs multiples et des peupliers plantés le long du cours d’eau.
18 La généralisation de cette tendance, parfois avec plantation de vergers (urtan), a été constatée sur le terrain par nos soins entre Taghighecht (Asif n-Tilmi et Sountat (Asdif Melloul), en septembre 1998.
19 Cas affligeant du site sacré du Tazizawt, l’un des plus prestigieux cimetières des héros de la résistance marocaine. Étant l’objet d’un pèlerinage annuel le 24 août, deux sentiers ont été aménagés dans la forêt pour faciliter l’accès des pèlerins ; malheureusement, entre 2005 et 2007 des voleurs de bois de la région d’Aghbala en ont profité pour s’y livrer à des coupages sauvages. Le chemin que suivent les pèlerins vers le cèdre sacré est désormais jonché de troncs en instance d’équarrissage, de copeaux de cèdre…
20 Ceux-ci, à l’instar de deux forestiers du poste de Tirghist, rencontrés dans le Haut Asif n-Ougheddou le 22/05/2007, qui sont obligés de circuler armés, tant est grand le danger que représente une rencontre avec une équipe décidée de voleurs de bois (ikhewwan n-ikshuddn).
21 C’est la douloureuse affaire d’Anefgou (hiver 2006-2007) – signalée par la chaîne de TV arabe Al-Jazeera – avec la mort de 29 jeunes femmes et enfants en bas âge, suite à une maladie non encore identifiée (pneumonie mal soignée ?), dont l’hebdomadaire Tel Quel s’est fait l’écho, et qui a déclenché un véritable scandale national en exposant l’inefficacité des services de santé. Depuis, on a procédé à Anefgou à l’installation d’une borne de téléphonie portable et le goudronnage de la piste avance de mois en mois.
22 Rapace aperçu à contre-jour le 21/05/2005 ; probabilité à 80 % qu’il s’agisse effectivement d’un Circaète, bien que l’on ait pu le confondre intialiement avec un Balbuzzard. À signaler, en revanche, une perte de biodiversité sensible sur l’almu voisin de Tanoutfit, où une colonie d’écureuils de Gétulie (Atlantoxerus getulus) qui peuplait la pelouse avoisinant la source (observ. nov . 1986) avait disparue en mai 2002.
23 Nervosité de la part des équidés également (observ. le 23/05/2005) à Almou Amezzan (pâturage fréquenté par les Ayt Hadiddou de l’Imdghas), où, après avoir copieusement consommé des graminées, deux mulets ont chargé un troupeau de moutons.
24 Avifaune très pauvre : Faucon lannier (Falco biarmicus erlangeri), observ. Le 19/05/2004, Perdrix gambra (Alectortis barbara), exemplaire unique, observ. le 24/05/2005.
25 Une rivalité tenace opposait autrefois ces deux groupements ; cf. D.M. Hart (1984). Nous avions effectivement remarqué des comportements conflictuels, relevant de ce phénomène, en mars 1975 dans l’Asif Melloul, ainsi qu’en novembre 1979 dans l’Imdghas.
26 Champs d’Almou n-Selloult où, fin mai 2004, l’on notait la présence de la Caille des blés (Coturnix coturnix), ou tazerkilla en Tamazight ; également observ. en juillet 1982 : Traquet du désert (Oenanthe deserti) et Gypaète barbu (Gyaëtus barbatus).
27 Cf. projet de recherché “Capstone”, de N. Maouni, 2005. Université Al-Akhawayn Ifrane, 2005.
28 Cf. Projet UNDP (Programme de Développement des Nations Unies), n° MOR/98/G41/A1G/31, “Morocco : Transhumance for Biodiversity Conservation in the Southern High Atlas”.

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Hannibal crosses the Alps – 1: general survey

Posté par Michael Peyron le 2 septembre 2010

An unsolved riddle as old as the hills: the quest for Hannibal’s pass (218 BC) 

by Michael PEYRON

As a Grenoble-based ski-mountaineer, back-packer and specialist in Berber history and culture (Hannibal’s Numidians were the ancestors of to-day’s Berbers), and with extensive field experience of early XXth-century Atlas mountain battlefields between French and Moroccan Berber fighters, Michael Peyron has long felt attracted by this specific exercise in classic warfare, the more so as it is relevant to Amazigh history. 

Introduction 

Intrigued by the endeavours of countless amateurs, historians, scholars and scientists to locate the strategic alpine pass crossed by Hannibal and his 26,000 or so soldiers during the Second Punic War, this writer volunteers a brief summary of a long disputed topic, following frequent summer visits to the Mont-Cenis and other Alpine border areas over the past forty years. 

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Possible site of Hannibal’s crossing, Col du Mont-Cenis, Aug 2008, (photo: M. Peyron)

With regard to the exact location of Hannibal’s crossing there is at present insufficient hard evidence to decide in favour of a northern, intermediate or southern route(s).  It should also be borne in mind, that these events took place over two millennia ago and that the terrain may have undergone more than cosmetic change in the interval. If neglected, a mountain track can be wiped out rapidly by repeated erosion (avalanche, rain, stone-fall or land-slide), to say nothing of changes in glacial- and snow-cover in early times for which there is a paucity of reliable data. 

A problem compounded by the fact that in re-charting each route, historians base their topographical estimations on prominent land-marks that appear to match Polybius’ and/or Livy’s description. This highly subjective approach results in miscellaneous interpretations and distortions. A typical example is identification of a low pass in the foot-hills crossed on Day 1 of Hannibal’s alpine traverse, coinciding with an attack by Celtic tribesmen – probably the Allobroges (Torr 1924) – on the Carthaginian column, for which there are as many possible candidates as route variations (Dent du Chat, Pas de la Coche, Col de Grimone, Col de Cabre, etc.), some of them involving apparently unnecessary detours.  Trying to make sense out of two totally different accounts – that of Polybius and Livy – probably explains why there is so much disagreement between self-appointed experts in their attempts to establish the bona fide route.

Not to mention that, coming after Hannibal, his brother Hasdrubal’s fateful traverse of the Alps (207 BC) would appear to have followed a different path, possibly the Mont-Cenis (Torr 1924), which would explain discrepancies between Livy’s description compared with that of Polybius, neither of which were based on eye-witnesses accounts (though the latter did subsequently go over the route), thus further blurring the issue. 

Finally, there have not been any convincing archaeological finds datable to the Punic period near any of these mountain passes, a long expected break-through that would otherwise have clinched the matter. Though an elephant’s skeleton was discovered below the Petit St Bernard in the XVIIIth century (Torr 1924, quoting Saint-Simon, 1770), such a relic is inconclusive since the Romans used elephants too. There have also been unconfirmed reports of javelins and helmets being found at various times and locations in the Verdon valley, another possible itinerary. This writer has likewise heard rumours of supposedly Carthaginian coins near St Jean-de-Maurienne, but nothing tangible. Declares Hunt (2006): “Until compelling archaeological evidence is found, (…) the question remains unanswered”. 

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   Hannibal’s choice of passes (map: Editions Berger-Levrault)

Potential Northern routes 

Mommsen (1865), Aimé Bocquet (2009), and many others are staunch advocates of the Petit St Bernard linking the Tarentaise to the Val d’Aosta. However, despite the relatively smooth going on this route, one is hard put to explain why Hannibal should have made such a long detour to the north. 

The Haute Maurienne route has also tempted many an expert, mainly  via the Mont-Cenis, a choice approved in his day by Napoleon Bonaparte. Over a century later, after different French officiers (Colonel Perrin, Captain Colin, etc.) had concluded that the Clapier must be the vital col, British chamois-hunter Lavis Trafford (1956) looked into oral tradition at Bramans. Buttressed by a local claim that a general named Hannibal had crossed the Clapier in bygone times, he pushes hard for that pass and/or the nearby Savine-Coche saddle.

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On approach to Clapier Pass, from below Lake Savine, Dents d’Ambin on R, Aug 2009 (photo: M. Peyron)

It is currently fashionable to name the Clapier as being Hannibal’s pass, a stance supported by Geoffroy de Galbert (2008); not to mention Patrick Hunt, who has recently scoured the region with parties of keen students from Stanford University. As a result the latter has penned a book on mountain archaeology (2007), studies on lichen growth, pollen records and glacial evolution; also speculations about a potentially disease-ridden Carthaginian army as partial explanation for its inordinately high losses during the Alpine traverse (Hunt & Seicean, 2006). Interestingly, sections of this route have been tested with live elephants in recent times, though far from 100% convincingly (Boser 2007). 

 

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The much-favoured Bramans-Clapier-Susa route

Bocquet (2009), on the other hand, defending his stand in favour of the Petit St Bernard, derides the advocates of the Clapier route, labelling them as “well-meaning people who make unsupported statements”. He contends that, apart from the steepness of the descent on the Italian side, even the Savine-Coche variant would have entailed traversing a small glacier, but which in Hannibal’s day, before “the Roman climatic optimum”, was arguably more extensive and would have impeded the passage of elephants and horses. 

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Author’s companions photographing plaque at Col de Clapier, Aug 2009, (photo: M. Peyron)

 

Yet this is debatable, since recent findings (Neumann 1992) suggest that the glacial cover around 218 BC was similar to today, with old snow lasting into mid-summer above 2500m, but fresh falls occurring early-autumn, when swift shifts in weather patterns are not unknown. For example, October 10, 2009, was a crisp, sunny day in Vallon d’Ambin, near Col de Clapier, while next morning the weather had broken, overnight snow covering slopes of Dent Parachée down to 2200m. 

However, present-day (2010) climatic conditions, glacial cover and early-autumn presence of névé snow, used as a yard-stick to speculate on what a specific pass may have looked like in 218 BC (matching classic source material), must allow for the fact that since the summer 2003 heat-wave, glaciers have receded dramatically in the Alpes du Nord. As a result, today’s conditions offer but a poor indication of those prevalent in Hannibal’s time. 

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St. Pierre d’Extravache and Dent Parachée, its summit névé threatened with disappearance due to climate change, Haute Maurienne, Aug 2009 (photo: M. Peyron)

In August 2009 the present writer made a three-day tour on foot of the Mont-Cenis area. The over-riding impression was that: 1) even the ascent from Bramans to Le Planay, would have been a strenuous undertaking in far-off times without a road; 2) the steep, narrow and rocky, though favourably exposed forest section up from Le Planay to Petit Mont-Cenis, presenting signs in places of an ancient caravan track, apparently used at the time of Charlemagne, would have been extremely arduous for elephants. The elephants used by Hannibal, however, belonging to the now extinct medium-sized, nimble North African variety might have found their way up.

Even if the Arc valley narrows dramatically upstream from Termignon (Blache 1962), how much easier to have climbed mild slopes to Mont-Cenis from present-day Lanslebourg, then over the Italian side, thus precluding the unnecessary effort of hoisting an entire army to nearly 2500m at Col de Clapier.  On the positive side, however, an approach from the Mont-Cenis and the Petit Mont-Cenis guarantees plain sailing, so to speak, with a minimal slope up to the Clapier.

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Potential site of Hannibal’s « regrouping area » near Lake Savine, below Clapier Pass, Aug 2009, (photo: M. Peyron)

And, on the eve of the actual crossing, one can visualize Hannibal’s 26,000 footsore fighting men bivouacking below the pass in freezing discomfort on that large pasture by Lake Savine. Depending on early autumn snow-cover, there would have been water and grass for the animals and flat ground for setting up shelters. With little or no firewood in the vicintiy. Onward progress down the Italian side, however, appears uncompromisingly steep – even precipitous in places – as Bocquet (2009) points out, thus casting serious doubt on the feasibility of this route. 

Possible Southern routes 

Arguments are not lacking in favour of the Southern routes such as Montgenèvre (Connolly 1978). Also a less well-known candidate: Col de Malaure (Queyras), at 2522m a somewhat tricky undertaking, supported by Bonus (1925), and Renaud (1994) who points out that the pass presents a promontory on its steep southern side from which, with Italy in sight, Hannibal could have exhorted his troops for a final effort.  Other contenders are the Col de La Croix near Échalp (Queyras), for long the main route for shepherds and journey-men from Queyras to Piedmont; Col Mary in Upper Ubaye, crossed by this writer in the summer of 1977 and defended by G. de Manteyer (1945). Finally, Col de Larche, for which Pierre Ollier makes out a reasonably strong case on the Web (2008), while dismissing Clapier and Savine-Coche as unnecessarily high compared to more suitable and highly feasible Mont-Cenis, and “offering no advantages, other than to create a diversion on military grounds”. Most of these are based on an approach up the Durance, referred to as Druentia, according to one interpretation of the old texts.

British author Bernard Levin (1987) makes little contribution to the discussion. After grudgingly admitting that the Montgenèvre and the Mont-Cenis are “both strong candidates”, he lamely concludes his TV-sponsored caper at the Col Agnel, a pass with which the present writer was initially unimpressed as a feasible crossing-point for elephants, despite the presence of a plaque commemorating Hannibal’s troops some 7 km from the col. Cecil Torr (1924) dismisses the Petit St. Bernard, even the Mont-Cenis and Clapier, as taking Hannibal unnecessarily far north (especially with winter approaching and Scipio’s army having re-embarked). He examines the evidence in favour of Col de Clapier before presenting a fairly convincing case in favour of a route up the Durance to Col de Larche, or Traversette. 

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Approaching Monte-Viso from N with lombarde effect  materialising, Sep 2004, (photo: M. Peyron)

Sir Gavin De Beer (1955), a museum director and mountaineer of some repute, supports the Traversette route, but is also adamant that Hannibal passed the Col de Grimone (Cremonis) in the Diois area on the way, only to have his findings dismissed within a year – as often happens in such circumstances – by colleagues of the Royal Society and Alpine Club.

 

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Various proposed routes, including Sir Gavin de Beer’s (Guillaume, 1967)

Augustin Guillaume (1967), a veteran Atlas Mountain campaigner of the 1920s and native of Guillestre, conducts an exhaustive survey both of the Clapier (Petit Mont-Cenis) and Traversette route. While deciding in favour of neither, he does rehabilitate the possibility of a route through the Queyras region, pointing out that Hannibal need not have followed the treacherous Guil gorge. An ancient, previously overlooked trail (probably used since Roman times) via Eygliers, de Gros, the vale of Furfande and Col Garnier, would have enabled Hannibal to outflank the Guil gorge, thus reaching the upper part of the valley without serious mishap. 

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Author’s party at foot of Traversette slope; Monte-Viso on L, Sep 2004 (photo: M. Peyron)  

John Prevas(1998), combining the field experience of an alpinist with the qualities of a Greek scholar, argues in favour of a route via the upper Durance valley and over the Traversette pass, in an authoritative and brilliantly documented work that convinces all but a few sceptics. 

Most recently, geologist William Mahaney (2009), late of York University (Ontario), after a thorough scientific re-appraisal of the evidence, has made out a strong case for Traversette, based on the presence of a two-tier rock-fall at 2600m on the lee side of the pass, and the late presence of névé snow, that seemingly tallies with description by Polybius (Mahaney, 2008b). 

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Monte-Viso from Traversette pass showing terrain distinctly unsuitable for elephants, Sep. 2004 (photo: M. Peyron)

Intrigued by this explanation, the present writer believes the Traversette pass, given the sheer steepness of the initial descent towards Italy would have been impossible unless  Hannibal’s elephants had been belayed with ropes over the initial section below the pass on the Italian side. In his book Guillaume publishes photographs that clearly show how steep those slopes were (see above photo), not to mention the presence of snow. On the other hand, Mahaney’s identification of the alpine meadows below the Traversette on the Italian side, where this writer twice picnicked, as the “regrouping area”, makes sense in terms of altitude and resources. It contrasts favourably with the Savine alpage on the French side of rival Clapier pass, a similar “regrouping area”, but exposed and uncomfortable. Hunt, who apparently almost came to grief there, calls the Traversette a “killer” and naturally judges it less plausible as Hannibal’s pass than Col de Clapier (Jia 2007). 

Miscellaneous items 

In the realm of conjecture and hypothesis surrounding Hannibal’s crossing, other items have caught researchers’ imagination. No doubt the most interesting is the matter of the rock-splitting vinegar, or fired rock (Hunt, 2007; Mahaney 2008b), which arose through Hannibal’s alleged use of bundles of vinegar-soaked firewood tied round boulders, then lit up so as to crack said boulders that were blocking downward progress by elephants and horses. Evidence of such activity has been found down the Italian slope from Clapier, though scientific measurements have failed to date it to the Punic period. 

The second point is whether or not Hannibal gave his troops a Caesar-after Dyrrachium-style speech to coax them over the pass (a typical device in classic military accounts), whence the plains of northern Italy and the road to Rome were clearly visible. Most experts contend that a pass presenting such a criterion would be the right one. In fact in the 1960s Guillaume had already commented on the clear view of Italy one could obtain from this pass, especially in early winter. Understandably, this has become a bone of contention among researchers, both Clapier and Traversette apparently fitting this description, though on his website Bocquet (2009) challenges anyone to actually see Torino from Col de Clapier!  A journalist named Boser (2007) seems to have done just that. Having accompanied Hunt up to Clapier, he claims: “Peering through a purple haze, I see Turin some 70 miles away.” Truth is in the eyes of the beholder… The debate is possibly pointless, anyhow, as the veracity of this episode is dismissed by some researchers as a mere figment of Livy’s imagination (Connolly 1978). 

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Plaque at Clapier Pass makes cautious reference to Hannibal (photo: M. Peyron)

Meanwhile, even admitting that Hannibal was able to descry the Pô plain in the distance, such a clear view would have required perfect weather. Anyone familiar with the Franco-Italian frontier ridge will have experienced the lombarde factor – billowing clouds that move in from Lombardy, accompanied by foehn effect – regularly contributing to poor visibility (Grard & Mathevet 1967; Morel & Bonnet 2008), specifically in autumn – when Hannibal made the crossing. A point apparently downplayed by some specialists, who may have only visited during fair-weather summer spells. Suffice it to say that this author’s party met with typical lombarde conditions on various occasions in summer and early autumn between 1986 and 2009, both near the Traversette, and at or near Clapier, when Torino remained discreetly veiled. 

Another disputed point is the exact location of the ambush on Hannibal’s baggage train on Day 7. The most plausible sites are the Gorge de Vilette between Moutiers and Aime on the Isère; the gorges slightly upstream from Modane in the Maurienne; or, on the southern route, a point 10 km short of Briançon on the Upper Durance (Connolly 1978); all of which tally with the primary sources pointing to an ambush occurring some three days’ march from the vital pass, whether Petit St. Bernard, Mont-Cenis, or Montgenèvre. Or yet again, there is an interesting theory that the Carthaginian army underwent serious mauling on the Upper Guil, somewhere near present-day Château-Queyras (Mahaney & Tricart 2008c). 

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Unlikely Hannibalic candidate; descending boulder-slope from Col d’Ambin towards Lac de Fond d’Ambin, 5 km W of Clapier, Aug 2009 (photo: M. Morgenthaler)

Recent Hannibal-related endeavours 

As if to differ from the prevailing Clapier/Traversette dispute a fresh tendency has emerged in favour of less conventional routes, especially in the south, some pundits arguing that Hannibal followed the Drac valley, the Verdon, the Ouvèze, or the Durance, for a crossing of the Montgenèvre.

The most ambitious of the recent studies is no doubt that undertaken by retiree Raymond Rozet, based on Polybius’ text coupled with painstaking field-work. The Carthaginian leader, he argues, must have followed the old “route des Ligures” between Buis and Mévouillon, eastward from the Baronnies towards Laragne-Monteglin, a rock-painting depicting an elephant discovered in a cave along the Toulourenc gorge beneath Mont Ventoux being presented as cast-iron evidence of Hannibal’s passage. As to the identity of the main pass, however, Rozet keeps his cards close to his chest, though it could be either Larche or Montgenèvre. 

The Wood brothers, an enterprising trio on mountain bikes, did a documentary feature for the BBC in the late autumn of 2009, complete with film crew and local guides, in a fun re-run of Levin’s Hannibal’s footsteps. All in all a pleasant read, and refreshingly devoid of media hype. Levin’s Gorges de Gats thus receives a new visit, though one of the Woods brethren gets to manhandle his bike up Traversette, rather than Agnel, as main col. To cover all possibilities another brother pedals blithely over Montgenèvre and a third checks out Clapier via Lanslebourg and Petit Mont-Cenis, somehow tallying with this writer’s conclusions as to the probable Hannibal trail. Most fittingly, he is greeted at the top by typical lombarde clouds, depriving him of the hoped-for vision of distant Turin! 

Meanwhile, as if to prove that the doughty Carthaginian’s exploit still commands respectful interest, the Sierra Club of California programmed “a hike the Alps” outing on Hannibal’s trail for July 2010, with Traversette as one of the main objectives! 

Conclusion 

Thus, in practically each alpine border region, from Savoy to Haute Provence, do we find people prepared to focus intellect and imagination on proving that the great general once visited their “neck of the woods”. The sum total of unreliable historical sources, environmental criteria, time/motion studies of Hannibal’s column, logistics and sheer feasibility of the undertaking, appear to militate in favour of a route aiming at a frequently-used, relatively low-lying col (Montgenèvre, La Croix, Larche, etc.), and following sunnier valleys than the harsh clime of Haute Maurienne or Tarentaise. This notwithstanding Scullard (2002), who declares: “If any trend can be detected, it perhaps leans towards the Col du Clapier”.

Although he has relied on articles, books, field-work and web search to compile this survey, the present author does not feel qualified to volunteer a solution. While Clapier and Traversette remain red-hot favourites, in his opinion their excessive altitude and steepness on the Italian slope make them debatable candidates. More important, so long as archaeology fails to produce substantial finds, in terms of Carthaginian coins, elephant skeletons, weapons or suchlike artefacts – both Hunt and Mahaney are apparently awaiting permission to dig – discussion of this riddle may last indefinitely.                                 

                                                                                                 michael.peyron@voila.fr 

The writer is an Anglophile Frenchman, a member of the London Alpine Club and long-time specialist of Berber History, Language and Culture. In 1975 he defended his doctoral thesis in Human and Rural Geography on a highland Berber region of Morocco at the Institut de Géographie Alpine (I.G.A.) in Grenoble and has since written guide-books in English on the Atlas Mountains. Not to mention similar publications on the Pre-Alps, entire sections of which he has crossed on foot, together with much of the Hannibalic country, presumed or real, in Diois, Dévoluy, Ubaye, Queyras and Haute Maurienne. From 1999 to 2009 he lectured on “History and Culture of the Berbers” at Al-Akhawayn University in Ifrane (AUI), Morocco. 

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Text copyright by Michael Peyron; material from same may be quoted in compliance with current academic practice.

 

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Critic of the Clapier route and staunch advocate of the Petit St Bernard, A. Bocquet has produced an eminently readable volume (2010)

 

 

 

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The GTAM lives on regardless: recent romps round Imilchil (2005-2008)

Posté par Michael Peyron le 1 septembre 2010

The GTAM lives on regardless: recent romps  round Imilchil (2005-2008)

by Michael PEYRON 

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Since 1999 the GTAM brochure has been renamed as above (photo: Moroccan Ministry of Tourism)

Demise of the official GTAM 

These last few years the GTAM concept has declined further. Although the Moroccan Tourism Ministry’s GTAM palm-tree/mountain logo still appears outside approved guest-houses from the Saghro to Imilchil, it smacks somewhat of irrelevance. The yearly information brochure no longer refers to « la Grande Traverée des Atlas Marocains » (GTAM); instead, it is entitled « Morocco Mountain and Desert Tourism ». All notions of a grand Atlas traverse seem to have gone out of the window. Notwithstanding this perceived end-to-end apathy, the present writer, remaining faithful to a linear logic, has continued whenever possible to organise private excursions with friends along the backbone of the Atlas Mountains, chiefly in the eastern section of the range. 

2005 witnessed a re-run of the by-now classic Imilchil-Zaouit Ahansal “haute route”, and another joint Franco-Moroccan effort. The Lhatoutes came along with their niece Lamiae, while Yves Biville and his daughter Marion joined us from Annecy, France.

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At Rich with Y. Biville, A. & K. Lhatoute, L. Moufid, Ouzarouj and M. Biville, May 23, 2005,(photo: A. Lhatoute)

After a rendez-vous at the famous Ouzarouj restaurant in Rich on May 23, our party wedged itself tightly inside the ramshackle van usually provided for the afternoon service to Imilchil. Despite a puncture and the driver’s persistent propensity to look most of the time anywhere but ahead, especially when negotiating tight turns, we finally made it to Moha ou Zayd’s inn by 6 pm. Arrangements were made for a mule next morning and the party retired to bed once dinner was over. 

A certain Hammou Aouan reported punctually for duty with his baggage-mule plus a couple of plastic jerry-cans. It later transpired that one of these had not been rinsed out after having previously been used for petrol! This interesting discovery was made half-way up to Tizi n–Oughroum as certain participants first felt the onset of thirst.

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At Iboukhennan, Asif Melloul, with K & A. Lhatoute, M. Biville, May 24, 2005 (photo: M. Peyron)

Almou n-Wensa revisited 

Luckily, we reached Almou n-Wensa to find the spring still running freely, though not quite so generously as last year. Local hospitality again proved unbeatable, a pregnant Oult-Hediddou housewife vacating her whole tent and moving in with the neighbours so we could spend a relatively comfortable night, although sharp stones did their worst to keep us awake!  True, the fact that Lamiae is a doctor and provided timely medical advice, proved decidedly helpful.

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Lamiae & Khadija taking leave of hospitable Oult-Hediddou women, Almou n-Wensa, May 25, 2005 (photo: M. Peyron)

Late in the afternoon on May 25, in dry sunny weather, we reached Almou n-Selloult after an event-free stage, Biville handling the catering arrangements en route with consummate skill. The sheikh of the pastures was as hospitable as ever, but when the evening menu was being discussed the author did manage to save a chicken’s life, averting the knife at the last minute, and we had omelette for dinner instead. 

Khadija, who had slept badly the night before on the stones of Almou n-Wensa, took a sleeping-pill while the meal was being cooked. Almost at once she keeled over and had to be put to bed!

May 26 took us without further ado up and over the camel’s hump of Izelfen to Almou Amazzan for another Biville al fresco luncheon. The party were impressed by the greenness of the pastures and the way frisky mules were chasing sheep all over the place.

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Skirting Almou Akhattar, Jbel Tafraout in background, May 26, 2005 (photo: M. Peyron)

That night in Tafraout we put up at Saïd’s house – although he was personally absent – and presented his son with an electric torch so that his father could in future work efficiently on his irrigation-channels at dead of night. Khadija’s sleeping-pill from the night before was still active and she had to retire early to bed.

As expected, May 27 brought us to Zaouit Ahansal where the caïd, warned by the provincial governor (an old friend of Assou’s), gave us tea. There hadn’t been as much melt-water from snow as last year, the Ifferd tarn having evaporated and conditions were generally much drier. Beyond Zaouit we made rapid progress in the governor’s chauffeur-driven car, several sections of the old piste now being properly surfaced. That night, we were in Azilal and on May 28 returned to Ifrane via Beni Mellal by the usual combination of taxi and bus. 

Back to old haunts

In 2006, as with friend Houssa Yakobi  we concentrated on our famous Amazigh « sites of memory » (Tazizaout and Baddou) programme and being still Ifrane-based, we tended to give GTAM itineraries a miss.

However, in 2007 this writer made a 3-day traverse from Imilchil to Tounfit with his faithful companion Michel Morgenthaler, taking in Aqqa n-Wanin, Taoujjaâout hill and Tazizaout en route. There was little to report, apart from the fact that the Lakes Plateau igudlan were wide open to all-comers, a distinctly negative development that bode little but evil for pasture conservation and environmental harmony in the area. Not to mention that cedars around Tazizaout had taken a serious bashing at the hands of timber-rustlers since last visited in 2005!

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M. Morgenthaler on main High Atlas ridge near Tizi n-Ighil, May 2007 (photo: M. Peyron)

Continuing via Agheddou, Tizi n-Ighil and the Tatrout gorge, we stayed the night at Asaka with an old friend, Sidi Moh Azayyi, from whom we collected a few more epic poems in Tamazight.

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Author with Sidi Moh Azayyi, Asaka, May 2007 (photo: M. Morgenthaler)

An amusing episode at Tounfit clinched the outing when the unauthorized van we had found seats on was intercepted by the local Gendarmerie. The upshot of it was that we got far cheaper seats on a taxi – commandeered by the Gendarmes – which conveyed us direct to Auberge Ja’afar near Midelt! 

Asif Melloul 2008 

For end-May 2008 Biville returned with his wife Catherine and friend Thérèse Moreau. Only trouble was that the ladies, presuming we should be going for the mule option, had taken too much luggage. A detail that nearly nipped the trip in the bud by making us 100% mule-dependent. Worse still, when we arrived in Imilchil, it had rained and snowed down to 2500 metres. As a result none of the muleteers approached through Moha ou Zayd were any too keen to venture abroad; others quoted un-heard-of hire-prices. After negotiations had proved unfruitful with three successive muleteers, we finally took on a strapping young porter called Bassou, who helped hump our stuff to Oul-Ghazi where we would get a mule. There remains, however, a lingering suspicion in this writer’s mind that Moha ou Zayd had engineered the whole arrangement in Bassou’s favour!

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Backpacking for ever! Blue sky, spring snow and sturdy companions:  author with Thérèse and Yves, Asif Melloul, May 19, 2008 (photo: C. Biville)

Our intention was to descend Asif Melloul by the left-bank path and push on beyond Anargui to Cathedral Mountain. Day 1 took us to Oul-Ghazi where we stopped at Semlali’s house. The next morning, Tuesday, May 20, as Asif Melloul was running high, we had to indulge in some wading and make an extended detour, via Aqqa n Bou Iyessan, before hitting the Timmicha trail up onto the escarpment.

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Author showing Y. Biville his patented sock-drier, Timmicha, May 2008 (photo: C. Biville)

That was the place where we pioneered a new way of drying wet socks by simply pulling them down over the handles of our trekking poles!

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With Thérèse and Yves, Tizi n-Tiddad between Imilchil and Anargui, May 20, 2008 (photo: C. Biville)

It was a long tiresome day, being badgered by inopportune shepherds near Taiddert and having to cope with a completely ruined, eroded, ankle-twisting path on the last section down to Batli, where we found relatively comfortable river-side accommodation for the night, not far from a TO camp. Day 3 was shortish, as it brought us over Tizi n-Dari to Anargui and Chrifi’s comfortable lodge. We also took the opportunity to look up Semlali’s sister in her typical Berber house.

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Muleteer Semlali from Oul-Ghazi and his sister at Anargui, May 21, 2008 (photo: C. Biville)

Thursday, May 22 worked out as a murderous, 13-hour road-bash down Asif Melloul to the Imi n-Warg gîte. En route, it was obvious that « the times they were a-changing » in the Atlas Mountains. First, we passed a dozen French ladies unwisely hiking in various stages of undress; half a dozen motor-bikes with back-up vehicle carrying bottles of all-important pastis; a couple of unsupported French mountain-bikers, while at the Chrifi lodge there had been a group of Spanish mountain-bikers, also with vehicle support including vino.

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Muleteer wading Asif n-Ouhansal at foot of  Cathedral Mountain, May 22, 2008 (photo: M. Peyron)

The fake kasbah that serves as gîte at Imi n-Warg proved an unpleasantly crowded, noisy place with lousy food, unwanted booze and song. No wonder! A Tour Operator trekking group, escorted by famous Moroccan guide Hafida, had stopped there, not to mention an assortment of bikers and 4-WD exponents. Thanks to the proximity of steep-sided Cathedral Mountain, the place has also become the local Base-jump capital.

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Author leading Semlali’s mule over last bridge before Tillougit, May 2008 (photo: C. Biville)

Day 5 involved a gentle walk to Tillougit; a taxi drive to Wawizaght; another one to Beni Mellal bus station. Here we were victims of a weird little episode: just as we were bundling our stuff into a Petit Taxi the muezzin’s call to prayer resounded and our bearded Islamist driver prompty went on strike to say his prayers. The deal was off! Luckily, another taxi-driver (a Tamazigh-speaker) had witnessed the scene and gamely took us to the Hôtel de Paris for a long overdue shower and welcome beer.

Spring 2008 had proved a watershed as far as this writer is concerned. The Asif Melloul outing, plus an expedition up Toubkal two weeks later with the Lhatoutes, really removed any residual doubts he might have had about the negative impact of TO activities on the Atlas Mountains. He decided henceforth to devote the unflagging energy of his declining years to creating awareness by hook or by crook as to the catastrophic effects of mass tourism on the Moroccan Berber highlands. It is high time TOs acted in a more responsible manner if environmental fall-out from commercial caravans is to be meaningfully monitored in the future.

  Lone Backpacker

michael.peyron@voila.fr

September 2010

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