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Rubrique littéraire – livres récents sur l’Atlas marocain

Posté par Michael Peyron le 24 septembre 2010

Rubrique littéraire – livres récents sur l’Atlas marocain 

Frédéric Jullien, La traversée du Haut-Atlas en solitaire, Éditions du Fournel, L’Argentière la Bessée (2005). 

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Nous sommes dans l’habituel récit du montagnard qui parcourt en solo une chaîne peu connue et nous livre ses impressions (consignées dans son carnet de route) au fur et à mesure de ses étapes ; ensemble agrémenté d’un portefeuille de photographies en couleurs assez jolies. Un brin rêveur et poète, l’auteur a la plume suffisamment alerte pour nous faire part de sa philosophie du voyage fraternelle au contact de la merveilleuse hospitalité berbère. Démarche empreinte de modestie, il ne cherche nullement à étaler un exploit, simplement décrire à sa façon un suivi automnal atypique et (admettons-le) incomplet de l’ancienne GTAM de Taliwine à Imilchil en 31 jours. Le tout se lit plutôt agréablement. 

Cependant le lecteur reste sur sa faim. Le narrateur se dit guide de montagne se réclamant de la Provence, avec à son actif une traversée des Pyrénées. Toutefois, hormis une allusion à un voyage antérieur au Toubkal, on ne sait peu ou rien des motivations de notre homme, de ses antécédents marocains. Certes, il fait preuve d’un respect de bon aloi envers les Berbères et leur culture. N’empêche que tout cela flaire la démarche de débutant. On se serait attendu, il est vrai, à une préparation moins légère en vue d’une expédition éprouvante à la fois sur le plan physique et mental. À une initiation plus sérieuse à la langue amazighe.

Or, exception faite pour certains items lexicaux de base qu’il maîtrise sans peine, il est clair qu’il mélange tout. En remontant l’Oued Afra il pense sérieusement quitter l’aire de la tamajirt (sic) pour pénétrer dans le pays où se parle tachelhait (p. 58), alors que ce serait plutôt l’inverse ! Basculant entre féminin incomplet et masculin, il appelle l’ânesse qu’il a loué tantôt Tamazir, tantôt Amazir (animal de bât et de compagnie que l’ingrat sans cœur revendra sans sourciller le 17ème jour).

Il confond en outre les noms des villages : Timichi avec Tacheddirt (p. 36), Mazwad avec Magdaz, Imlil avec Imilchil. Sans compter les coquilles : plateau du Yagourt (p. 47) pour Yagour; Imilchi (Imilchil), lac de Téli (Tislit) ; Djebel Saharo (Saghro) ; Tournfite pour Tounfit, Mgoum pour Mgoun, etc.  Approche somme toute approximative, et c’est ce qui lui vaudra, sans doute, de sur-estimer sa résistance à la soif en milieu montagnard aride, de se fourvoyer dans les gorges de la Haute Tassaout et, surtout, entre Taghia et l’Izoughar, lac asséché en fin de saison sur lequel il comptait cependant pour réapprovisionner sa gourde. 

De plus sa brève épopée atlasienne se déroule dans une bulle intemporelle – il n’y a pas d’avant, encore moins d’après – bien que l’on puisse situer cela sans doute en octobre 2004. Principal reproche : le récit se termine abruptement, de façon peu satisfaisante. Tout devient vague et inachevé; pays et protagonistes s’estompent dans un flou peu artistique, laissant bon nombre de questions en suspens. Mariam l’institutrice d’Imilchil s’en va en weekend. Bien. Et notre chemineau de l’Atlas, où ira-t-il ensuite ? Vers Tounfit et le Sud ? Et après ? Envisage-t-il seulement un retour ? Une traversée revisitée, plus complète et peut-être mieux préparée, afin d’aller retrouver sa « fiancée » promise en haute Tassaout ? C’est le mieux que l’on puisse lui souhaiter. 

Vincent Geus, Maroc treks randonnées balades culture nature, Éd. De
la Boussole, Grenoble (2007). 

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Il s’agit là d’un travail plus sérieux, fruit de deux années (2005-2006) de travail sur le terrain, produit tout à fait représentatif de son époque, présentant de nombreux descriptifs d’itinéraire assortis de croquis, de fiches techniques et d’excellentes photographies en couleurs. Vincent Geus aura été servi par son travail d’accompagnateur pour l’agence Allibert, détail qui a son importance. En effet, bien que ce topoguide soit suffisamment complet pour permettre au randonneur individuel de s’en sortir sur place, il reflète tout de même la démarche des Tour Operators (TO), largement mentionnés aux pages 44-45 (discret appel du pied envers le lecteur !), faisant ainsi le jeu des assistés amateurs de sorties en troupeau, comme ceux que l’on voit au Mgoun (cf. p. 102). 

Soit dit en passant que nous ne sommes pas entièrement d’accord avec sa façon d’enfoncer les « faux guides », ayant constaté que ceux-ci sont souvent des prestataires sérieux, issus du milieu montagnard, contrairement à bon nombre de guides citadins ayant négocié leur diplôme au CFAMM ! 

Cependant, il ne s’agit pas là d’un guide vraiment complet des chaînes marocaines. Rif et Moyen-Atlas sont sommairement expédiés ; le massif de l’Ayyachi ne fait l’objet d’aucune mention ; quant au haut Atlas, enfin, tout s’arrête au Toubkal. Le haut Atlas occidental, lui, reste très largement laissé pour compte. En revanche, répondant en cela à de nouvelles modes lancées par les TO, la côte atlantique et le Grand Sud (‘homme bleus’ et Merzouga obligent) sont présents à l’appel. 

Par ailleurs, cet ouvrage vient confirmer la disparition officielle de la GTAM en tant qu’entité tangible sur le terrain. Aucune mention dans le texte, pas même le logo GTAM avec sa montagne coiffée d’un palmier, ainsi que je l’avais déjà constaté sous une autre rubrique du présent site. Geus se contente de citer les grandes lignes de ce qu’il nomme la « Grande Traversée du Haut Atlas central » (p. 76).  Nous n’allons pas énumérer certaines inexactitudes historiques et/ou géographiques que nous avons en son temps signalées à l’auteur, ni les imperfections du lexique arabo-berbère (pp. 50-53), témoignant de connaissances encore fragiles en langue amazighe.

Mais ceci n’a pas une très grande importance ; tel qu’il existe le lexique permettra au visiteur de se débrouiller en situation, voire de s’améliorer par la suite.  En définitive, et en dépit des quelques réserves ci-dessus signalées, nous pensons pouvoir accorder à cet ouvrage un satisfécit nuancé. 

Hamish Brown, The mountains look on Marrakech, Whittles Publishing, Dunbeath (2007). 

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Pour ceux d’entre vous qui lisent l’anglais voici un ouvrage véritablement accompli. Entreprise soigneusement préparée, l’épopée du légendaire Hamish Brown, qui a relié Taza à Tamri en 96 jours (du 4 mai au 10 juillet 1995), constitue un aboutissement. Cela faisait trente ans que notre Ecossais fréquentait les monts de l’Atlas qui ont toujours éveillé chez lui de touchantes ressemblances avec les Hautes-Terres de sa jeunesse; c’est dire qu’il avait eu amplement le temps de mûrir son projet.  Sans rechercher l’exploit – au contraire il s’imposera un train de sénateur de bout en bout – il prend le départ avec un compagnon britannique et deux marocains, chargés de s’occuper des deux mules achetées pour la durée de la traversée. En cours de route d’autres compagnons se joindront à eux afin de les accompagner sur des tronçons spécifiques. Pour des raisons administratives ils doivent interrompre leur périple quelques jours à la hauteur de Marrakech. Leur arrivée à Tamri sur l’Atlantique sera l’aboutissement d’un travail d’équipe ; d’une démarche inspirée par un attachement profond envers l’Atlas marocain et ses habitants. Tout au long du voyage, Brown s’appuiera sur l’habitant, souvent sur des amis de longue date, constituant un véritable réseau. Le récit circonstancié qui en résulte contient de nombreuses anecdotes historiques, comiques et autres, sans compter des notes ornithologiques. Très complet, il incorpore des faits survenus antérieurement dans les différents lieux traversés. Procédant ainsi par amoncellement il permet en quelque sorte à l’auteur d’assembler sur le papier un gigantesque puzzle géographique fait de réminiscences multiples. Il permet, aussi, de saisir l’infinie variété des paysages de l’Atlas, depuis les collines relativement humides du Moyen-Atlas, aux vallées sèches du haut Atlas de Marrakech. Pour le plaisir du lecteur de nombreuses photos en couleurs viennent égayer le texte. Le tout représente un ensemble éminemment intéressant, attrayant et satisfaisant dont nous recommandons vivement la lecture ; il deviendra assurément un classique de la littérature atlasienne. En refermant le livre on sent que l’auteur est allé jusqu’au bout de sa démarche. Qu’il peut en tirer à juste titre un sentiment de devoir bien rempli. Que de souvenirs, aussi, pour les années de vieillesse et de moins grande activité, celles qui nous guettent tous ! 

Jean Robichez et Bouazza Benachir, Paroles berbères de la résistance Maroc central, 1935-1940, L’Harmattan (2010). 

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Connu principalement pour son magnifique Maroc central (1946), livre d’images sur les Imazighen du haut Atlas oriental, Jean Robichez avait, grâce à sa formation de berbérisant, également recueilli un corpus de poèmes d’époque en bi-lingue tamazight-français, essentiellement chez les Ayt Sokhman après l’épopée du Tazizawt, dont un bref extrait était paru dans la revue Les Temps modernes (1949). Restait à publier le reliquat, à rendre justice aux travaux d’un chercheur méconnu,  laissé de côté par l’establishment berbérisant de l’époque. Tâche qui incombera, en fin de compte, à Bouazza Benachir, anthropologue et philosophe marocain apparemment aussi peu instruit en poésie amazighe qu’en histoire moderne, qui assure ici le rôle de simple copiste. 

Résultat : un ensemble globalement satisfaisant. Quoique… Le copiste brille, certes, dans une introduction (pp. 9-29) rédigée selon les canons du jargon universitaire français aux contours parfois flous, et farci de termes ésotériques (exemple: rhizome, p. 24; awalien, p. 25).

Chemin faisant Benachir semble surtout s’émerveiller de l’humanisme avant-gardiste de Robichez, seul, à ses yeux, a avoir trouvé les termes adéquats pour décrire le phénomène de l’ahidus – mieux, en tout cas, que Chottin (p. 19) dont, à l’époque, les travaux faisait autorité.  Le copiste se contente, ensuite, de publier le corpus de Robichez, fort respectable au demeurant et hautement intéressant, en respectant la notation (satisfaisante dans l’ensemble) employée par ce dernier.

Cependant, de son propre aveu, il considère « vain » (p. 31) d’ajouter à ce travail la moindre bibliographie (pourtant souhaitable dans un ouvrage de ce type), et se borne à publier les notes du chercheur, apparemment sans y apporter de changement. Or, ainsi que nous allons le démontrer, il y aurait eu de quoi faire… 

On peut sans conteste mettre à l’actif du copiste bon nombre d’inexactitudes, de coquilles et de lacunes. Toutefois parmi de celles-ci certaines sont imputables au chercheur. Essayons d’y voir plus clair. 

Inexactitudes 

Benachir fait terminer la « soumission forcée » de l’Atlas en 1943, alors que celle-ci s’est achevée dix ans plus tôt (p. 14 & p. 22).  On dit Sidi Ali Amhawch, mais Imhiwach (pl.) lorsqu’on désigne la famille dans sa globalité (p. 83). Confusion masculin/féminin au niveau de la traduction : a ult-hediddu = ‘ô femme Ayt Hadiddou’ ; ‘a u-hediddu = ‘ô homme Ayt Hadiddou’ ; cf. izlan n° 111 & 112 (p. 90). 

Tabouarbit n’est pas tant une montagne qu’un ksar sur le Haut Ziz (p. 105 ; tamdyazt n° 145 ; ligne 12). 

Lacunes

On manque de signaler des cas d’allongement syllabique dictés par la métrique : tamadyazt (p. 26), tahayut (p. 112). De plus, le terme amdyaz n’a pas de féminin (cf. M. Taifi, 1991, p. 405); la corporation demeure masculine ! 

L’unique carte peu fournie (p. 34) est nettement insuffisante, alors que les toponymes abondent dans le corpus. 

Traduction incomplète de l’izli n° 14 (p. 49), auquel il manque un hémistiche. 

On omet de signaler que l’izli n° 45 faisait partie du corpus de Tawgrat Oult-Sokhman, poètesse emblématique de la région, dont jusqu’à ce jour les vers restent ancrés dans les esprits, que l’on occulte complètement (cf. Reyniers, 1930). 

Les Ayt Sidi Yahya ou Youssef (p. 68) ; on passe sous silence cette fraction maraboutique autrefois influente dans la région de Tounfit.   

Note incomplète concernant la colline de tawrirt n-tiyni (p. 75, n. 4), site d’un affrontement célèbre entre tribus à l’époque héroïque, « parce qu’ils l’avaient voulu » (is-t-ran) ; cf. De la Chapelle, Le Sultan Moulay Ismaïl et les Berbères Sanhaja du Maroc central (1931).  Bula (izli 105, p. 88) ; c’est le nom « berbérisé » du Capitaine Paulin, longtemps en poste à Tinghir. Note insuffisante sur Ahmaroq (sic) >Amahroq ; on omet de signaler, fait important, qu’il est un des fils de Moha ou-Hammou Azayyi (p. 100 ; n.1).

Même indigence sur le plan de l’information concernant les Ayt Sidi Ali, Sidi El Mekki, etc. 

On aurait pu signaler que : l’izli n° 53, les izlan 118 & 119, ainsi que la  tamawayt, n° 166 p.116 sont des classiques parus dans d’autres publications récentes – ce qui méritait de figurer dans la bibliographie non-existante. 

Coquilles 

uswari pour ušwari,  izli n° 42 (p.56)    timawayn pour timawayin (p.43) iddjium pour iddjiun (p. 64)    iluġam pour iluġman (p. 74) 

tzyzawin pour tzyzawt  &   imyldulin pour imidulin (p. 84, tamdyazt n° 100) ; confusion sing/ plur. ; midul était l’ancêtre éponymique des Ayt Hadiddou de l’ouest  ; du reste, l’appellation tamidulit sert parfois pour désigner le sous-parler tamaziġt de cette partie du Maroc central. 

En définitive, et malgré les quelques réserves ci-dessus émises, nous estimons qu’il s’agit là d’un corpus inédit, fort riche qui, en venant compléter des travaux similaires, enrichit nos connaissances sur un épisode jusqu’alors peu documenté de l’histoire marocaine. Et c’est là le mérite principal de l’ouvrage. 

Michael Peyron, Birds at Al Akhawayn, Al Akhawayn University Press,  Ifrane (2010). 

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Destiné aux amateurs d’Ifrane et de sa région qui lisent l’anglais cet ouvrage de référence recense environ 80 espèces d’oiseaux fréquentant le campus d’Al Akhawayn et ses abords immédiats. Le lecteur y trouvera un recensement aussi complet que possible de la faune aviaire du site, ainsi que quelques détails essentiels permettant de différencier les différents types d’oiseaux. 

Cette université comporte un atout unique : le fait d’être toute entière bâtie dans un biotope arbustif permet une cohabitation autant pacifique que permanente entre humains et oiseaux. De plus, la forêt environnante, représentant plusieurs hectares clôturés est devenue une gigantesque réserve naturelle où la nature s’épanouit librement, et surtout à l’abri de diverses nuisances extérieures. 

Les rebords de fenêtres des résidences peuvent devenir autant de perchoirs, de mangeoires même, pour autant que les locataires y disposent quelques miettes de pain, un récipient d’eau. Des relations intimes, privilégiées se développent ainsi avec la faune ailée. En hiver, lors des conditions extrêmes de climat, chacun peut ainsi contribuer utilement à la suivie de ces espèces : trois types de mésange, le pinson, le merle, le rouge-gorge, le pic épeiche et d’autres encore. 

En somme, ce petit livre doit permettre aux ornithologues amateurs de tirer un plus grand plaisir de leur séjour « ifranien ». 

michael.peyron@voila.fr 

Grenoble septembre 2010 

Text copyright by Michael Peyron; material from same may be quoted in compliance with current academic practice.

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